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Comme tous les jours, je fais les courses avec maman à deux pas de chez nous. Il suffit de traverser la rue pour aller à la boucherie. Sur la devanture il y a des barreaux rouges vifs, à l’intérieur, contre le mur entièrement carrelé de blanc, sont accrochés des quartiers de viande rouge. J’ai cinq ans et cet endroit pour moi est impressionnant. Le boucher est un homme chauve de forte corpulence, il a un double menton. Je suis fascinée par cet homme énergique que je crains. Il me dit bonjour, je regarde ces joues parcourues de veinules rouges et son tablier maculé de sang. Je ne le quitte pas des yeux. Sûr de lui, il empoigne ses couteaux qu'il aiguise contre un instrument et taille avec précision des tranches molles et fines dans de lourds quartiers de viande qu'il décroche prestement. Quelquefois je sursaute quand, armé d'un tranchoir, dans un geste précis, il coupe d'un coup sec et bruyant des cartilages récalcitrants. Ils sont rigolos les petits vermisseaux de viande qui sortent du hachoir. Le boucher de ses mains expertes les places dans une forme ovale  et aplatit la viande disposée entre deux feuilles de papier à l'aide de l'appareil. Ce sera mon beefsteak de ce midi, il est enveloppée dans un papier rose brillant, le boucher écrit le prix dessus et replace son stylo derrière son oreille en disant « ce sera tout pour la petite dame ».

Tag(s) : #Textes des auteurs
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