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Dans un pays reculé, le long d’un petit cours d’eau se dandinant entre deux vallées, se dressait un petit village qui avait été jadis frappé d’une grande malédiction.

En effet, le seul et unique miroir du village, devant lequel les femmes vérifiaient que leur beauté était toujours intacte malgré les années,  avait été brisé par Margaux, une pauvre mais si jolie étrangère qui avait pris possession d’un petit manoir dans les terres intérieures, un jour de l’An 777. Personne n’a jamais su comment elle était arrivée, mais sa présence était un mystère pour certains, ou annonciatrice de malheur pour les autres. Et chacun faisait en sorte de l’éviter lors de ses rares présences dans le village.

Un jour, la curiosité l’amena à s’aventurer devant le miroir qui lui était interdit d’accès... Et les autres femmes, jalouses de sa beauté sauvage, l’empêchèrent violemment de s’y mirer. Dans la panique, le miroir fut brisé, et l’âme de la déesse vengeresse s’en évada...

-         Sept ans de malheur, voilà ce qu’il va nous arriver maintenant, disaient certains.

-         Il ne nous reste plus qu’à jeter tous les morceaux dans l’eau courante qui emportera le malheur avec elle, avait décrété le Chef du Village.

C’est ainsi que tout un village assista avec émotion au jet des morceaux de verre dans la rivière.

-         Maintenant, c’est fini, rentrez tous chez vous, avait annoncé le Chef. Et toi, Margaux, au cachot pendant sept ans !

Pourtant, quelques semaines plus tard, un premier phénomène inexpliqué vint troubler à nouveau le village : une lueur sombre dans le ciel inonda subitement le village de cendres. Tout le monde prit peur. Les maisons étaient toutes recouvertes d’une épaisse couche noire, comme un manteau de deuil. Mais le Chef ne se laissant pas impressionner, hâta ses fidèles à nettoyer tout ça et le village reprit une apparence normale. Puis un deuxième phénomène inexpliqué ne se fit pas attendre : Sept petits démons descendirent de nulle part avec une faux chacun et coupèrent tous les blés qui se transformèrent en poussière orangée. Le Chef du village incita la population à semer à nouveau et à se servir des réserves de l’année précédente.

Puis un troisième, et enfin un quatrième phénomène inquiétant poussa les habitants à la révolte !
 

-         C’en est trop ! Jusqu’à quand cela va-t-il durer ? clamaient les uns.

-         Faut libérer Margaux, c’est elle qui nous envoie le malheur ! clamaient les autres.

-         Non, il doit y avoir quelque chose qui nous a échappé... répondit le Chef se grattant la tête d’un air pensif.
 

Non loin de toute cette agitation, une petite fille sale et poussiéreuse, agenouillée à terre, regardait avec malice la scène qui se déroulait devant ses beaux yeux noirs, tandis qu’elle grattait le sol avec un petit objet...
 

-         bien fait, répétait-elle sans cesse, bien fait !
 

Puis survint un cinquième phénomène, plus terrible que les quatre autres : une bête à sept têtes et dix cornes à chaque tête fit le ménage dans la petite communauté, blessant et tuant de nombreuses personnes...

-         Il faut arrêter ce massacre ! Hurlaient les survivants.

-         Non, il ne reste plus que deux phénomènes à survenir, et tout sera terminé, réparé, dit le Chef. C’est notre croix, nous devons la porter.

-         Ces phénomènes sont de plus en plus terribles, Chef, reprit le plus courageux des hommes, ils vont tous nous disséminer !

Mais voilà que la petite fille aux yeux noirs, emplis de malice, fit son apparition et jeta le trouble :

 
-         Vous êtes sûr, Chef ?.... dit-elle de sa petite voix.

-         Que tiens-tu dans la main, salle gamine ?

-         Un éclat de verre, Chef...

-         Grand dieu, c’est ça, c’est l’éclat de verre que l’on a oublié de jeter à la rivière ! Donne le moi, petite, reprit-il d’un ton plus doux.

-         D’accord, Chef, mais à une condition, répondit la petite fille, des éclairs dans les yeux.

-         Laquelle ?

-         Tu libères maman, et j’arrête ce carnage tout de suite !

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