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La course poursuite se termina à l’avantage du jeune Uriel. Malgré leur expérience, les soldats perdirent sa piste et, peu désireux de subir le même sort que l’assassin maladroit, se résolurent à déserter. Ils n’étaient pas les premiers et ne seraient pas les derniers. Á la caserne, l’ambiance s’était sérieusement dégradée ces derniers temps. Les hommes se méfiaient les uns des autres. Le roi avait des espions partout, et malheur à ceux qui osaient discuter les ordres. Les geôles du palais regorgeaient de contestataires. Mieux valait choisir de quitter l’armée avant que de mourir sous les coups de Jason ou de pourrir dans ses cachots.

Uriel fit halte dans un hameau, non loin de chez lui, et se rendit à l’auberge. La salle était presque vide, à l’exception d’une table occupée par un groupe d’hommes discutant autour d’un pichet de bière. S’installant dans un coin sombre, le jeune homme commanda une potée et une pinte de ale. L’aubergiste le servit rapidement. Mais au lieu de regagner la cuisine, il s’assit près de lui.
–        Bonjour, messire de Fontbrune. Comment vont vos parents ?
−      Je n’ai pas de nouvelles depuis que les agents du roi les ont emmenés.
−      C’est bien triste ce qui arrive…
−      Comme vous dîtes.
−      Hum ! Je voulais vous prévenir que les soldats sont venus ici. Ils étaient à votre recherche.
−      Merci. Je suis en fuite depuis l’arrestation de mes parents et il semble qu’il n’y ait aucun lieu où ils ne puissent me retrouver !

L’aubergiste abandonna Uriel à ses pensées, le temps de porter un nouveau pichet à ses clients. Quant il revint, il dit en désignant la tablée d’un hochement de tête :
–        Ces hommes, je crois bien que ce sont des déserteurs.

Uriel, qui ne les avait pas vraiment observés jusque là, les dévisagea : les traits burinés et la trentaine bien avancée pour certains, ils étaient bien bâtis, signe d’un entraînement régulier. En outre, les cicatrices qu’ils arboraient ne pouvaient avoir été contractées qu’en croisant le fer. Que faire ? S’agissait-il d’une nouvelle ruse de Jason pour s’emparer de lui ?  Son instinct lui soufflait de se lever et de leur parler. Il le suivit. Quittant sa table, il marcha vers le groupe, qui fit silence à son approche. L’aubergiste, prudemment, regagna son comptoir.
–        Bonjour, messieurs !

Un homme au regard froid lui répondit :
–        Jeune homme !

Sa main se déplaça insensiblement vers sa ceinture où il dissimulait, sans nul doute, une dague. Malgré cela, Uriel poursuivit :
−      Excusez-moi de vous déranger, mais je crois que nous avons quelque chose en commun.
−      Ah oui ?
−      Je ne vois pas ce que l’on pourrait partager, jeune freluquet ! s’esclaffa un bonhomme à la panse proéminente et au regard moqueur.
−      Tais-toi ! le rabroua celui qui semblait être le chef de la bande.
Et, regardant Uriel dans les yeux :
–        Explique-toi.
−      J’ai quelques raisons de penser que vous êtes des déserteurs. Or, je suis moi-même recherché par le roi.
−      Et alors ?
−      Jason est devenu fou. Il affame le peuple, maltraite ses hommes, tue des innocents. Joignez-vous à moi ! Nous le combattrons et le forcerons à quitter le trône… à moins qu’il ne redevienne celui qu’il était avant la mort de sa femme.
−      Ton projet est bien ambitieux pour quelqu’un d’aussi jeune. Et tu me parais bien seul…
−      Détrompez-vous. Euxane, la fille du roi, m’a promis son aide et cherche des alliés au palais en ce moment même.
−      Quel est ton nom ?
−      Uriel de Fontbrune.
−      Eh bien ! Uriel de Fontbrune, nous sommes avec toi, déclara l'homme avec conviction après avoir réfléchi un moment. Je suis Farel. Et voici, Torïn, Sarkis Darius et Balan. D’autres rebelles se cachent dans les bois, non loin d’ici. Finis ton repas et nous te conduirons à eux.

Uriel ne mit pas longtemps à terminer sa potée et sa bière. Après avoir remercié l’aubergiste et réglé son repas, il récupéra son coursier et chevaucha avec Farel et ses hommes vers la sortie du village.

Il ne leur fallut pas plus d’une heure pour arriver au campement. Des gardes, perchés dans les chênes environnants, avaient annoncé leur arrivée et un comité d’accueil les attendait. Un grand gaillard, à la crinière jaune paille  et  aux bras aussi larges que des cuisses, s’avança :
–        Salut à toi, Farel ! Que nous amènes-tu là ?
–        Uriel de Fontbrune, un jeune noble de la région.
–        Si tu es bien le fils de ton père, tu es le bienvenu.
–        Vous connaissez mon père ?
–        Je me suis battu à ses côtés lors de la grande bataille. Un sacré épéiste !
–        Je ne suis pas aussi bon que lui.
–        Et modeste avec ça !

Farel lui expliqua ce qu’Uriel attendait d’eux. Certains se récrièrent, refusant d’affronter le roi et son armée. Mais la plupart acceptèrent. Gildor, le colosse blond, se chargerait de l’entraînement des troupes, Farel de la stratégie. Entouré de ses nouveaux amis, Uriel se sentit prêt à affronter son destin. Il repensa aux paroles du vieux magicien et murmura : « Vous aviez raison Sélénius, je ne suis pas seul ! »


 

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