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Uriel n’en croyait ni ses yeux, ni ses oreilles, il était à la fois subjugué par ce qu’il voyait et entendait et en même temps envahi d’un malaise très sourd, une sorte de parallèle qu’il ne pouvait, malgré les différences de situations, s’empêcher d’établir entre les coutumes de ce pays, perdu au fond de la jungle et celles du sien, pourtant moderne, éclairé et démocratique. Il espérait que l’entente allait durer entre ce chef despotique et ce petit peuple confiant, crédule à l’extrême, et qui, de toute évidence, ne comprenait pas les dangers d’un telle politique. Non pas qu’il n’accorde sa confiance à Tartan, avec qui jusque là, il avait eu de très bonnes relations, mais il avait tout de même été un peu retourné du programme annoncé par Euxane tout à l’heure.

On remettait à présent le sceptre du pouvoir au futur roi, et Euxane lui passa au doigt une énorme bague à son effigie, une banane en or sertie de chaque côté de deux noix de coco de diamant, et qui était désormais l’ emblème des Ouchitas.

Puis vint le moment de désigner le premier ministre. Tartan était hésitant, il avait le choix, entre ces milliers de petits hommes et de femmes qui gravitaient autour de lui, et s’efforçaient de rentrer dans ses grâces, certains avaient commencé leur travail de séduction depuis fort longtemps, tous attendaient le verdict, fébriles et impatients de savoir s’ils allaient être l’heureux élu. Le regard de Tartan se faisait scrutateur, allait des uns aux autres, sans jamais se fixer. Soudain, son regard s’arrêta sur Uriel, qui crut s’évanouir.

 

Se servant de son sceptre comme de son doigt, il le pointa sur lui dans un geste d’autorité  et prononça très distinctement ces mots : « C’est toi, Uriel, ici présent, et en vertu des pouvoirs royaux et suprêmes qui me sont conférés que je TE désigne comme mon premier ministre, connaissant ton intelligence et ta diplomatie, ainsi que tes extraordinaires falcultés d'adaptation et ton merveilleux courage.  Je suis persuadé que tu  fera un très bon ministre, et tu as dès à présent toute ma confiance »

 

- Mais je ne connais pas votre langue ! rétorqua Uriel

 

- Qu’importe, répondit Tartan, le premier ministre aura peu à intervenir, puisque je parlerai par sa bouche !

Mais cela ne rassura pas Uriel.

 

- Mais je dois repartir en France, la France est ma patrie, je veux retrouver mes amis, ma famille, et...

 

-... Votre famille est maintenant ici, dit Tartan, que vous le vouliez ou non. De toute manière, aucun bateau ne passe jamais par l’île de la terre du Levant, tenez-vous le pour dit.


Uriel baissa la tête et fit mine d’acquiescer. Mais il savait au fond de lui, qu'il ferait tout pour s’en évader bientôt et tenter de retrouver au plus vite la terre de ses ancêtres. Mais cela est une autre histoire que je vous raconterai  un jour peut-être, si vous en éprouvez le désir et moi le courage…

 

épilogue

 

Pour le remercier et l'inciter à accepter les honneurs de ce poste, Euxane entreprit alors l'ascension du monstre, escaladant ses jambes, se faufilant sur ses genoux, et devant toute la foule rassemblée, se hissa jusqu'à la hauteur de son visage et déposa tendrement sur ses lèvres le plus doux et le plus léger des baisers. Et  versa aussi une toute petite larme.

 

"Ou, ou, EUCHANE...", fit Uriel en l'imitant à la perfection. Euxane partit alors dans un fou-rire qui, à l'heure où j'écris ces lignes, ne s'est pas encore arrêté.
 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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