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Chère moi,

Je n’ai pas l’habitude d’écrire, du moins sur un papier aussi raffiné, où il suffit de prononcer les mots pour qu’ils s’inscrivent automatiquement sur la page. Corrigent seuls les fautes et fassent également les retours à la ligne ! Ah, que de progrès et que de changements depuis 10 ans ! Dire que j’étais obligée autrefois de changer de stylo plusieurs fois dans l’année. Et de tailler régulièrement la mine de mes crayons.

Je t’envoie cette lettre, cher moi, pour te dire que cette décennie a passé tellement vite que j’ai l’impression d’être encore hier, quand je grimpais les marches à une vitesse vertigineuse et où une balade en forêt de 10 km ne me faisait pas vraiment peur.

Aujourd’hui, me voilà confinée sur le fauteuil de ma chambre, avec ces douleurs qui me tiraillent nuit et jour... Et ces boîtes de médicaments qu’il faut renouveler régulièrement. Quelle galère ! La dépendance est une bien vilaine chose, n’est-ce pas ? Ah oui, c’est sûr, à présent, j’ai tout mon temps pour penser à moi, à ma vie d’avant et aux bons moments que j’ai passés en famille, à une époque où les rires fusaient aux 4 coins de la maison.

Et me souvenir aussi du mot que l’on prononçait le plus souvent à la maison, c’était le mot VITE : vite, faire le petit déjeuner, vite, conduire les enfants en classe, vite, partir au boulot en espérant ne pas arriver en retard. Le soir, même course, récupérer les enfants chez la nourrice, ou à l’école, conduire le grand chez le dentiste, la petite au piano, le bébé chez le docteur et le soir, épuisés, on s’endormait à peine la tête sur l’oreiller.

Aujourd’hui, j’ai du temps, trop de temps, et ce silence me fatigue, m’épuise et m’insupporte.

Aujourd’hui, je peux me coucher à 20 heures, et me lever à 10, personne ne m’en fera le reproche...

Aujourd’hui, je peux vivre de beaucoup de souvenirs, mais de peu de projets. Des rêves, je n’en ai plus, même pas la nuit où mes rêves sont devenus d’horribles cauchemars, dus en partie aux médicaments que j’ingurgite.

Mais je n’ai pas de nostalgie, ni de regrets. Car j’ai mené ma vie avec courage, élevé mes enfants du mieux que j’ai pu, supporté aussi la maladie, la mort de mes proches avec responsabilité et amour. Je n’ai rien à me reprocher de ce côté-là.

Pour moi, le seul désir que j’ai, c’est de rester dans ma maison le plus longtemps possible, profiter de mes fleurs, de la douceur de vie de la campagne, de mon chat qui est le même depuis dix ans et des visites rares de mes amis (beaucoup ont déjà regagné d’autres lieux !) et surtout de mes enfants qui habitent loin de moi, mais ne m’oublient pas pour autant.

J’écris encore un peu, quelques poèmes et quelques vers désuets que je m’empresse de jeter pour ne pas encombrer une maison qui déborde d’objets inutiles et de souvenirs dont je n’ai pas su me débarrasser à temps. Je pianote toujours également, mais finies les montées vertigineuses et les envolées d’autrefois, je fais davantage à présent dans l’adagio et la berceuse.

Voilà mon destin, cher moi, c’est le lot de toutes les personnes de mon âge. L’hiver va bientôt arriver, je vais pouvoir feuilleter à nouveau tous ces beaux albums de photos dont je ne me lasse jamais. Ils me permettront de me remémorer les endroits que nous avons visités et de me remettre en tête tous ces visages qui ont défilé tout le long de ma vie. Je sens que je vais être bien occupée.

Mon désir le plus cher ? Être toujours de ce monde au printemps prochain pour admirer une fois encore l’éclosion de la nature et sentir à nouveau le parfum subtil de la plus belle de mes roses, celle qu’on appelle Brocéliande.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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