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Fuir, partir aussi vite que possible. Courir... Fuir ces mots que je ne veux pas entendre, que je ne veux pas écouter ....

Je suis abasourdie....Comme si Mike Tyson en personne venait de me décrocher un uppercut... Raide, KO, au tapis .... J'attrape ma veste et mon sac, et je quitte la pièce à toute jambe. Je dois être blanche comme un linge, mes jambes vacillent toutes seules, elles ne me portent presque plus. Je les force à me répondre, à détaler encore plus vite .... Je dois filer avant de m'écrouler ici. Lorsque je sors de l'immeuble en courant, comme si un fantôme venait de croiser ma route, je ne prête aucune attention à la pluie battante qui vient inonder mon visage. Je n'ai qu'une envie, rentrer le plus vite possible chez moi, m'enfermer dans ma bulle. Pleureur, crier, m'énerver, m'apitoyer sur moi même ... et pourquoi pas tenter de digérer cette nouvelle. Le médecin a beau être optimiste mais ses mots résonnent encore dans ma tête. Je me revois assisse à l'écouter, je ne peux ni parler, ni bouger ... Je ne sais même pas quoi lui demander, je ne comprends pas ce qu'il m'explique. Un lymphome, de quoi parle t il ?? Trop de mots complexes: atteinte du système lymphatique, chambre stérile, allogreffe, adénopathie, maladie de Hodgkin. Toutes ses informations se télescopent dans ma tête à la vitesse de la lumière .... Pourtant, on en avait parlé, il avait soulevé cette éventualité ... Je me souviens qu'après ma scintigraphie et ma biopsie, le Dr Christy, mon oncologue, m'avait signifié que les résultats n'étaient pas très bons, que je devais me préparer à des mois sombres.... Mais je ne l'avais pas cru ... une part de moi positivait toujours. Je me disais que ma fatigue permanente, mes maux de tête, et mes poussées de fièvres n'étaient en fait liés qu'à un gros surmenage et à quelques tracasseries quotidiennes. Rien de bien méchant. Mais voilà, le verdict est tombé. Je suis atteinte de LNH, lymphome non Hodgkinien, en stade trois .... Je refuse d'y crois, je suis juste un peu fatiguée, rien de plus, une bonne cure de vitamines et cela ira mieux ensuite!

Je cours comme une folle, je traverse la place Saint Sernin, sans même un coup d'œil à la Basilique, remonte la rue Saint Bernard, et je débouche enfin Boulevard de Strasbourg. Je suis essoufflée, et trempée lorsque je vois mon bus quitter son arrêt et redémarrer ... Je reste plantée là, sous la pluie. Trop , c'est trop !! Mes jambes refusent de continuer à avancer, mon cerveau aussi, et quant à mes pieds... sertis dans leurs petits escarpins noirs très jolis mais complètement inadaptés, ils sont incapables de m'amener plus loin ... Tout mon corps est endolorie. Là bas, de l'autre coté de la rue, j'aperçois un poche, je cours pour m'y abriter ... Au moment où j'arrive enfin, mon pied gauche reste bloqué entre deux pavés, je me vois finir étaler de tout mon long sur la chaussée devant le regard amusé d'une nuée de parapluie ...

Alors que mon pied est inerte, que mes cheveux brushés de ce matin ressemble à un casque de guerre, que mes larmes font coulées mon rimmel Kyotis, que mon moral est au plus bas , que la journée ne pouvait pas être pire, j'atterris dans les bras robustes d'un homme. Il me parait gigantesque, il doit faire presque deux mètres, et il est aussi trempé que moi ! Ses yeux me détaillent, et son regard me fixe. Nos yeux ne peuvent plus se détacher, il me sourit. Mes jambes vacillent de nouveau mais je ne sais pas si cela est à cause de ma pseudo chute, ou si c'est à cause de cet inconnu...Il me relève et nos visages sont tout proches l'un de l'autre, il repousse une mèche de cheveux de mon visage, le contact de ses doigt m'électrise, et d'un sourire radieux me dit :

-Il vous arrive souvent de vous jeter dans les bras d'un inconnu ?

Je rougis jusqu'aux oreilles et réussi à lui rétorquer :

-Heu, non, mais je ne me suis pas jeter dans vos bras...

Et sans que je puisse contrôler quoique se soit, mes larmes se remettent à couler toutes seules

Olala, il doit vraiment me prendre pour une quiche !

-Hey, ce n'est pas grave, pas la peine de vous mettre dans un tel état, je vous taquinais !

-Merci mais là, j'ai perdu mon humour, la journée est vraiment trop pourrie.

-Et si je vous offre un café, vous retrouvez votre humour et vous me faites un joli sourire, peut être ?? Et en même temps, vous me raconterez ce qui à tant gâcher votre journée.

Il a un sourire charmeur, des yeux bleus malicieux et sa voix est réconfortante. Mais quand même, un café avec un inconnu ? Mon instinct dit non mais mes envies disent oui. Je ne le connais pas, cela ne serait pas raisonnable, mais je serais peut être morte dans six mois alors, je le regarde et lui répond avec un demi sourire :

-ok, je veux bien, mais pas longtemps, je voudrais vraiment rentrer chez moi.

Il me tend la main, sans réfléchir, je lui prends, et nous filons sous la pluie, qui s'est calmée, au Grand Café de la Place...

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