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De quoi les rêves sont faits….

 

Floué lors de la vente d’une statuette de Minerve,  Jules Roman jura de se venger et peaufina sa revanche en fumant comme un sapeur. L’escroc, un certain Ducros, avait soudoyé quelque expert pour contester l’authenticité de la pièce et lui faire perdre plus de la moitié de sa valeur au beau milieu des enchères chez Sotheby’s. Pris à la gorge Jules ne pu arrêter la vente.

 

Jules Roman commerçait de longue date avec Ducros. Jules était un collectionneur avisé, éclairé, rompu à toutes les ficelles de ce monde de marionnettiste. Il venait de commettre une erreur comme un joueur de Poker débutant. Cela  provoqua chez lui le réveil d’un fond de vachardise natif, lié sans doute à ses origines charolaises.

 

La haine empoisonne la vie bien au-delà et de toutes les autres drogues. Il décida donc de se purger au plus vite de ce détestable venin.

 

Profitant de la flambée des prix sur le marché de l’art, il réussit à attiser les envies de son tout nouvel ennemi et lui fourguer  une soit disant statuette toute cabossée représentant le Dieu Saturne.

        

Voici comment il s’y prit.

 

Il convoqua son escroc d’ami  et pour annihiler toute méfiance prétexta avoir besoin  de son œil de spécialiste internationalement reconnu pour authentifier  une fibule romaine de la fin de l’empire.

 

La pseudo-statuette de Saturne avait été posée à dessein sur un petit meuble en retrait, surélevée hors de portée de main  voisinant  un vieux bougeoir en cuivre, comme une quelconque brocante.

 

Le sixième sens de l’escroc porta immédiatement  son regard de saurien glauque mais aimanté vers l’intrigante statuette de Saturne. Elle  semblait taillée d’en l’ivoire. Incroyable songeât- il.

 

Il  tenta plusieurs ébauches digressives pour dévier la conversation vers cet étrange objet. Jules éludait habilement. Poussé dans ses retranchements,  ce dernier  fini par lâcher comme à regret qu’il s’agissait d’une pièce de la renaissance sortie des mains scandaleuse de Benvenuto Cellini.  Qui d’autre aurait pu donner cet air de Bacchus débridé au dieu des saturnales ?

 

 

Ducros revint moult fois à la charge mais ne pu obtenir plus de détails. Rentré chez lui, dépité, il consulta les nombreuses monographies en sa possession. Il téléphona à quelques correspondants dans les plus grands musée du monde mais  sans résultat.

 

Etrangement, sur un site Web surgit soudain des brumes virtuelles,  il découvrit enfin une description extrêmement précise de ce Saturne de style pseudo-étrusque dit « éburnéen ». L’objet était estimé à plusieurs dizaines de milliers d’euros.  Dès lors ne pouvant plus dormir, Ducros ce décida à franchir une nouvelle étape dans sa carrière et passer d statut peu ragoutant de simple escroc à celui plus romanesque de cambrioleur.

 

Il prépara le coup  avec la complicité incertaine de deux seconds couteaux de la pègre locale. On programma l’opération  pour 23 heures 00 un samedi, jour de sortie du propriétaire. L’opération-éclair devait être conclue en un quart d’heure. A 23 heures 05, les trois hommes masqués cagoulés mettaient la main sur la divine statuette. A 22 heures 15 la statue toute en glace retirée de son socle surgélateur avait déjà perdu de sa  superbe bachique et une heure plus tard, au commissariat, malgré des soins intensifs prodigués dans le bac congélation du réfectoire des agents, elle fini de fondre entre les mains  des policiers de la BRB.

 

 Sidéré, Ducros voyait fondre devant lui  tout ces rêves antiques et vénaux.  Ce  simple bâtonnet de glace teinté à la vanille qui faisait à présent une flaque jaunâtre au centre de la table. Confectionnée depuis 8 jours, la statue   avait déjà un goût faisandé.  On du jeter cette confiserie à l’évier.

 

Le lendemain Jules Roman racontait l’histoire à la fin du repas dans sa petite salle à manger de banlieue. Une poignée d’amis des plus épicuriens levaient force verre de Jurançon pour accompagner le conteur, tous tordus du rire le plus réjouissant.  A la fin de son récit Jules Roman  se leva et revint bientôt  portant sur un délicieux plat à dessert en faïence de Sarreguemines, un Saturne à la plombière et une Minerve aux noix de pécan.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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