Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Un son grave, puissant, résonnait sur la Terre, en écho dans tout l'Univers. C'était le Do. Le Do originel, vibration éternelle du Principe de Vie. Tout semblait dormir, baigné dans les profondeurs d'une teinte sombre, proche du néant : le Violet. Le Violet primordial !

Des notes perlées de pluie vinrent ricocher joyeusement sur l'écorce de la terre, faisant timidement sortir les premières pousses de cette carapace noire et sèche qui se colora peu à peu. De jolies petites fleurs Indigo dégagèrent un parfum aussi délicat que la rosée, bercées de bruissements d'insectes qui frémissaient au ras du sol. La note Ré se fit entendre, plus douce que la brise du matin.

L'herbe poussa sur la Terre, et bientôt toutes sortes d'animaux commencèrent à brouter, emplissant le silence de leurs mugissements, pépiements et autres cris de joie ou de douleur. La peine, la colère, la peur ou le désir s'exhalaient de la Terre, et la note Mi, modulable à l'infini, inonda de Bleu la planète qui devint alors la plus belle dans l'immensité du Cosmos !

Enfin, l'Homme foula pour la première fois le Vert intense des forêts, des plaines et des vallons sur lesquelles il régnait en Maître. Mettant son intelligence au service du moindre de ses besoins, il devint le Jardinier du monde. Avec la note Fa, l'Homme affirma sa suprématie sur toutes les autres espèces et prit conscience de son individualité propre. Alors sa voix s'éleva, mélodieuse et conquérante, revendiquant haut et fort son "Moi" !

Des enfants naissaient des hommes, et avec eux la lumière de l'Amour. La note Sol, celle des berceuses et des comptines, illumina d'un Jaune ensoleillé les cœurs et les âmes, reliant les humains au monde merveilleux de l'Imaginaire et des rêves. Ce fut un moment de prospérité et de bonheur dont les hommes se souvinrent longtemps, perpétuant de générations en générations le souvenir des ces mythes et légendes fantastiques.

La note La entama son chant triste et nostalgique quand les hommes commencèrent à être nombreux sur la terre et à s'entre-déchirer. Une douceur Orange brillait derrière leurs paupières tandis que montaient vers le ciel leurs plaintes aux harmonies mineures, chantant le regret d'un paradis perdu. L'Humanité évoluait en bien et en mal. Elle le fit jusqu'au paroxysme. Tandis qu'une partie des hommes s'entre-dévorait, d'autres groupes et associations se formaient un peu partout, apportant l'espoir et la consolation aux âmes en détresse.

La Terre se sentait déchirée. Partagée entre le désir d'un idéal qui lui semblait encore inaccessible quoique tout proche, et la tentation irrésistible de retourner au chaos primordial, de rejoindre les Abymes et le Néant. Tendue à se rompre, une longue corde flottait entre le ciel et la terre, le feu d'un Rouge Sang brûlant chaque jour un peu plus sa résistance. Espoirs, peurs, jamais les sentiments n'avaient été à ce point exacerbés. Ils s'exprimaient dans des dissonances étranges, parfois très belles, qu'ils infligeaient à la note Si. Cette si fragile et pourtant si merveilleuse note, dite "sensible"…

Une harmonie cosmique enveloppait peu à peu la terre, ébranlant tout l'Univers. Il suffisait maintenant de si peu de choses pour atteindre la Perfection ! Il ne restait à parcourir qu'un minuscule intervalle jusqu'à l'octave. L'octave suprême, rédemptrice : la couleur Blanche…

Les hommes sauraient-ils la voir, et l'entendre ?

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :