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Nous venions d’entrer dans le secteur septentrional de la zone COMA7.

Les zones COMA étaient les éléments clés du Contrôle Matières, l’organisation qui fournissait l’énergie aux modernes stations-mégapoles qui peuplaient l’espace.

Assis à l’arrière du cockpit je scrutais l’écran vert qui nous renvoyait l’écho monotone du vide.

-  Ruegy t’as quoi sur le moniteur ?

-  Néant ! Nada ! Encéphalo plat ! Y a rien, elles ont bel et bien disparu ! Marshall, tu peux remonter un peu vers la 7 ?

- Bordel ! Si ces putains de planètes s’évaporent comme des gonzesses planétantes. Merde !  Comment on va survivre ! hurla Groslen.

Depuis plus d’une semaine nous avions perdu la trace des planètes neuf et huit, Mercure et Vénus.

Pour la COMA, les mines qu’elle y exploitait avaient bien plus de valeur que ceux qui y travaillaient comme des forçats. Ajoutez à ça une propagande bien huilée qui avait très largement répandu chez les stationnants le sentiment que les planétants n’étaient qu’une sous race de main d’œuvre bon marché et nous avions des budgets presqu’illimités votés par le Haut Conseil.

Tout le monde y trouvait son compte, ou presque.

- Grouille-toi de remonter sur la 7 Marshall ! T’as d’la merde dans les oreilles ou tu veux que j’te vire ?

L’état major de la compagnie avait confié à Groslen, un ancien mercenaire, la direction de cette opération de surveillance.

Et Groslen n’avait jamais changé ses méthodes : il menait cette mission comme une attaque commando.

Marshall poussa encore notre vaisseau, un des premiers modèles G20 sans hublot.

- Ruegy t’as quoi sur le moniteur ?

- La 7 est toujours là, si c’est ce que tu veux savoir ! Et ses habitants sont sûrement en train de se bousiller la santé à sortir de l’uranium pour chauffer l’eau du bain du premier Consul !

Groslen me jeta un regard menaçant.

- T’as un problème d’état d’âme ? J’ai entendu dire que t’as une petite chérie mutante dans ce trou à ploucs ?

- T’occupe Groslen, j’te dis que la terre est là, on peut rentrer faire notre rapport !

- Mouais ! On va y aller regarder de plus prés ! Marshall, pose-toi, on va voir comment ça se passe en bas ! La copine de Ruegy sera ravie de pouvoir se taper des vrais mecs !

J’ignorais ce que savait ce gros porc, mais il s’était renseigné sur moi, c’était sûr.

Sur les indicateurs la septième planète grossissait à une vitesse anormale.

Jusqu’au choc brutal, violent, inattendu.

A l’avant Groslen et Marshall prirent l’impact de plein fouet et s’écroulèrent inconscients, vissés à leurs sièges.

Le G20 ne bougeait plus, le radar n’indiquait que le silence et le néant.

Je ne pensais qu’à elle.

Elle emplissait toutes les cellules de mon être et pourtant je me sentais vide.

De longues minutes s’écoulèrent avant que je décide d’ouvrir le sas du vaisseau.

 

**************

 

On a réussi ! , le vieux Paul se retourna vers les enfants. On a réussi !  Nous sommes libres !
Au premier rang les gamins souriaient devant la joie du patriarche.

Assemblés dans la salle commune, les villageois étaient perplexes, puis comme une onde qui doucement s’élargit pour baigner tous les participants, l’espoir commença à faire sa place dans les esprits.

L’étrange machine, au centre de l’estrade, avait cessé de clignoter, sur le plasma du terminal la 7ème planète s’était évanouie. La terre n’existait plus.

Paul savait que son peuple était désormais libre de son destin.

Le joug de la COMA venait lui aussi de disparaître. Aux hommes désormais d’inventer leur liberté.

Quand la porte en bois s’ouvrit brusquement, tous les regards se braquèrent sur celui qui venait de briser leur rêve, l’homme casqué et armé, arborant l’insigne de la COMA.

Parmi les villageois certains étaient menaçants, d’autres apeurés ou méfiants mais le rapport de force restait simple : j’étais armé, pas eux.

Une jeune femme fragile posa au sol le petit garçon qu’elle tenait dans ses bras fatigués.

Elle me dévisagea et laissa son bébé faire ses premiers pas vers moi. 

Alors, l’un après l’autre, les adultes lâchèrent les petites mains qu’ils retenaient. Tranquillement les enfants approchèrent en souriant, sans crainte, comme s’ils avaient le don de lire l’âme.

- Nous sommes morts Monsieur, s’il vous plait, ne nous ressuscitez pas.

Je regagnais en courant le G20, les gosses avaient raison, ils étaient morts.

Le vol du retour fût une torture, une seule question me hantait : pourrait-elle me pardonner ?

Marshall et Groslen ne reprirent leurs esprits qu’à l’approche de la station et me firent jurer de ne rien dire de leur perte de connaissance.

La COMA ne faisait pas de sentiments, aucune défaillance n’était admise.

Je tins donc cette promesse de ne rien révéler, le rapport serait simple :

La 7ème planète n’existait plus.

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