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Un vieux manuscrit était posé dans le coffre qu’Uriel venait d’ouvrir. Il hésita un instant puis le prit et s’enfuit en courant. Il avait la sensation de voler une vie. Puis il s’arrêta dans son bistrot favori, en face du port, commanda un demi et sortit le manuscrit de sa sacoche. Là, il ouvrit délicatement l’objet de sa curiosité, trouva des poèmes de Baudelaire recopiés sur les feuilles, d’autres sans nom, parlant des enfants d’Afrique, de désespoir, de mal être, puis enfin, les derniers feuillets semblaient être écrits au hasard de chemins.. Il entreprit leur lecture.

Aujourd’hui, c’est décidé, je pars... Plus rien ne tourne rond dans ce monde. Je m’en vais au cimetière des êtres oubliés trouver le repos, dans cette île lointaine qui accueille les gens comme moi, sans mémoire, sans futur... Elle s’appelle l’Ile du Levant. De nombreux marins en font référence. La vie ici n’est plus la mienne, elle ne me ressemble pas, je dois lui tourner le dos, pour ma survie. Franchir le pas. Prendre le virage. Ne pas se tromper de route. Je veux être proche de la nature, la sentir bouger sous mes pas, la sentir me réchauffer le soir, être en harmonie avec elle. Je me sens seule, personne à aimer, personne à voir grandir.

Je ne vois que des êtres qui meurent. Je n’ai pas le temps de m’attacher à eux ni eux à moi. Je n’en peux plus. Je ne compte pour personne. Dans ce mouroir où je travaille, je ne suis qu’une étape pour certains, un peu de réconfort pour d’autres, mais tout demeure toujours éphémère. Je suis née seule. Je mourrai seule. Ainsi est ma destinée. Je ne la contredis pas. C’est pour cela que je pars vers ce nouveau monde. J’aurais juste voulu laisser une trace de mon passage dans ma vie antérieure, une toute petite trace, juste pour me rassurer qu’avant j’étais quand même quelqu’un de bien. Cette trace, c’est ce manuscrit. Si vous lisez ces quelques lignes, c’est qu’alors vous avez trouvé mon foulard mauve, et oserais-je espérer, que vous avez envie de savoir qui je suis. Cela me réchaufferait le cœur de penser que quelqu’un quelque part est à ma recherche... C’est à cette idée désormais que je vais m’attacher dans mon nouvel exil, et jusqu’à ma mort, je ne cesserai d’y croire. Euxane.

Uriel était bouleversé. Il avait l’impression de lire ses propres lignes, son propre destin. Il se sentait tellement proche de cette personne ! Ce manuscrit était un cadeau pour lui, une main tendue qu’il allait s’efforcer à prendre dans la sienne. Des mois de galère venaient de s’estomper en un instant. Désormais il avait un nouveau but. Trouver Euxane.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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