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Arraché à l’attraction terrestre par trois cents chevaux de mécanique pure qui ronronnent à l’unisson, je grimpe le nez en l’air, calé dans mon siège, à une vitesse vertigineuse.

Le sol s’éloigne et laisse place à cet océan bleu pâle dans lequel flottent de plantureuses masses ouatées.

Autant le dessous de ces nuées est grisé et morne, vue de dessus, les voilà d’un blanc éclatant, étincelant. Je ne me lasserais jamais de ce spectacle que nous offre la nature.

Mon altimètre indique cinq mille pieds, ce qui est plus que suffisant, je vérifie mon harnais et entame un virage complet afin de m’assurer d’être bien seul puis me place au-dessus de mon axe de travail, une belle route, toute droite, au milieu des champs.

 

Prêt ! J’entame un léger piqué, un œil sur la vitesse, c’est le moment…

Une légère traction sur le manche vers l’arrière, le nez remonte et passe au-dessus de l’horizon puis je pousse et maintiens le manche vers la gauche et c’est parti ! L’horizon tourne comme une hélice devant moi, je ne touche plus le siège en deux secondes j’ai effectué un tour, je ramène le manche au neutre et replace le nez sous l’horizon, c’est fait, je viens de faire mon premier tonneau seul.

La sensation est grisante, je ne dois pas me déconcentrer, la vitesse et bonne, je tire prestement sur le manche et me voilà à la verticale, comme si j’étais couché sur le dos les jambes en l’air, que du bleu devant moi et cette fois l’horizon est sur les côtés, vertical, la vitesse s’essouffle, j’attends encore un peu et hop ! Un coup de palonnier à gauche et coupe la puissance, je bascule sur le côté, l’espace d’un instant je me sens léger comme une plume puis retombe à la verticale, face au sol, la vitesse augmente rapidement et j’entame la ressource, collé au siège comme si je pesais d’un coup quatre cents kilos, c’était un renversement, lorsque l’horizon réapparaît devant moi j’enclenche un demi-tonneau et me voilà pendu dans le harnais au moment où je pousse sur le manche pour garder le palier, le sang afflue au cerveau et embrouille momentanément ma vue.

Le sol et le ciel sont inversés, difficile de reconnaître le paysage, heureusement mon repère est là… Au dessus…

Je relâche le manche et plonge vers lui en demi-boucle, passant graduellement de pendu dans les bretelles a collé au siège, quelle sensation, c’est incroyable mais il m’en reste une dernière… La vrille.

Je réduis les gaz, amène lentement le nez au-dessus de l’horizon et lorsque l’avertisseur de décrochage sonne, j’appuie franchement sur le palonnier gauche tout en maintenant le manche à fond vers l’arrière et c’est la culbute, cul par-dessus tête, du moins c’est l’impression que j’ai, le nez vers le sol tout en pivotant autour de moi-même, un tour, deux tours, trois tours… Je relâche les commandes, la rotation s’arrête et je plonge à nouveau dans un piqué très prononcé puis c’est la ressource finale… Ouf ! Il me reste deux mille pieds…

Ce furent quinze minutes de pur bonheur, de sensations hors du commun et de liberté totale, à regret, il me faut quitter la troisième dimension pour retourner sur le plancher des vaches, la gravité terrestre…

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