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Depuis plus d'une demi-heure, je vérifiais la disposition de mes voilages. Comme tous les matins, je refaisais ce geste désormais rituel, comme la plupart de mes autres gestes, d'ailleurs. Depuis que j'ai pris ma retraite anticipée, l'entretien de ma maison est devenu ma principale préoccupation, allant même jusqu'à l'obsession. Ma vie est réglée comme du papier à musique. : du moment où je pose le pied nu sur mon tapis, à 7 h 20 tapantes, tout est chronométré à la minute près. Cette bizarrerie fait fuir mon compagnon très tôt le matin, pressé de sortir sa moto pour rejoindre son lieu de travail. Je passe donc exactement sept minutes sous la douche, prend trois minutes pour me sécher, puis cinq minutes pour enfiler les vêtements que je prépare soigneusement la veille au soir avant de me coucher et que je pose sur le valet en bois blanc. A 7 h 35, ma cafetière programmable s'arrête tout juste pour me délivrer ce jus noir et acre, sans lequel je ne serais rien. Je le bois d'un seul coup, suivi par un grand verre d'eau. Comme d'habitude, deux biscottes beurrées et recouvertes de confiture complètent mon repas matinal.

 

Puis je passe dans toutes les pièces, remonte les volets roulants, ouvre les fenêtres pour aérer et suivant le même rituel, je les referme exactement dix minutes après. Les premières heures de la journée sont consacrées au ménage, toujours dans le même ordre. Je m'y adonne avec passion, avec une espèce d'exaltation, presque dans l'euphorie : « tout doit être propre, rangé, à sa place ».... je me répète souvent cette phrase, comme une idée fixe, une marotte qui tournerait sans cesse dans ma tête. Je suis d'une maniaquerie qui laisserait bouche-bée la meilleure des gouvernantes de palace. Je m’autoproclame Reine de la crème à récurer, Impératrice de l’aspirateur, Princesse du plumeau et Comtesse des éponges à gratter. Mes proches, d'ailleurs, s'inquiètent un peu de me voir ainsi. Pas un grain de poussière, une minouche sous le buffet ou un poil de chat ne peut résister à mes attaques forcenées. Mes propres enfants trouvent déraisonnable cette lubie que j'ai d’attendre, mains gantées et pistolet de javel, derrière la porte et de nettoyer les toilettes après que quiconque les eut utilisé, mais bon, j'ai peur des microbes.

 

Cela les gêne, je crois, de me voir sombrer dans cette douce folie lorsque mon mari m'annonce avoir invité ses collègues pour le dîner. Je me mets alors à m'agiter en tous sens. Je cogite à voix haute : alors voyons... six personnes, il faut un rôti d’un kilo et demi.. il faut que je repasse à nouveau la nappe gris perle avec les petites serviettes brodées ; oh les lustres ! Ils n'ont pas été nettoyés depuis la semaine dernière, et il faudra sortir l’argenterie le matin pour l’astiquer ; et je continue ainsi, énumérant avec des spasmes d'angoisse tout ce que j'aurai à faire pour que tout soit parfait.

Et oui, malheureusement, je suis une perfectionniste, une grande maniaque du ménage, une obsédée du propre, une exaltée du net. Il faudrait que je me calme, que je me soigne, peut-être. Mais même mon psy n'y peut pas grand-chose : j’étais sa femme de ménage pendant vingt ans et il était très satisfait de mon travail !

 

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