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Années soixante.

Tous les jours, je me rends à pied au lycée. Le trajet dure une vingtaine de minutes. Aucune copine n'habite dans les rues que j'emprunte. L'incorrigible bavarde que je suis n'a personne à qui parler.

Alors, je m'invente un jeu.

J'additionne des chiffres. Jusque-là, me direz-vous, rien que de très banal.

Ce sont uniquement ceux inscrits sur les plaques minéralogiques des voitures, garées le long du trottoir.

Si la somme de tous ces chiffres est le nombre trois, j'ai gagné.

Gagné quoi ?

J'arrive au lycée, rangeant consciencieusement ce rituel dans un coin de ma tête, et je reprends ma vie de lycéenne, jusqu'au retour du soir, chez moi.

 

Années soixante-dix

Je ne vais plus au lycée ; mais le jeu continue.

Je n'additionne plus les numéros des voitures garées, mais de celles qui roulent.

Je conduis, pour aller travailler, au cinéma, voir mes amies…

Ce qui ne change pas c'est le nombre trois. Pourquoi trois ?

 

Aujourd'hui

Cette manie m'a quittée.

Toutefois, je me surprends, quand je suis au volant, à ébaucher une addition des chiffres offerts à ma vue, sur les autres voitures. Cela se fait inconsciemment, ma pensée occupée par un autre sujet, chassant très vite cette lointaine manie.

Mais on ne se débarrasse pas comme cela du nombre trois.

Pour agrémenter mon intérieur, j'utilise des objets, glanés ça et là, souvenirs, cadeaux…

Rassemblés par deux, je trouve immanquablement le décor bancal.

Il ne trouve un équilibre, à mes yeux, que lorsque j'y ajoute un troisième objet.

 

PS : je suis mère de trois enfants. Heureusement que mon chiffre fétiche était le TROIS !

 

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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