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La forêt dévalait de la colline à presque se jeter dans la mer. Seuls les quelques mètres de plage parvenaient à empêcher les vagues de lécher les racines des arbres. Pourtant la mer était agitée, elle écumait et distribuait ses rouleaux qui tantôt s'écrasaient sur les rochers, tantôt se couchaient sur le sable.

En quelques jours  le temps s'était couvert, une averse était apparue puis deux, puis une pluie continuelle qui inondait le sentier. C'était un sentier qui serpentait entre les arbres pour amener les voyageurs au bord du sable.

 

Emilie avançait avec peine, ses souliers carmin s'enfonçant profondément dans la terre devenue trop souple. Même le tapis de feuille qui s'était formé sur le sol, ne suffisait plus pour  retenir l'eau   et ainsi empêcher ses pieds engourdis d'être noyés. Elle se maudissait de n'être pas revenue sur ses pas dès le premier jour, alors que le soleil dominait encore le ciel et qu'octobre chantait encore l'été. Depuis tout avait changé, le temps, la mer, la vie.

 

Les rafales de vent s'engouffraient dans les espaces libres, contournaient les troncs durs des chênes, ébranlaient les branches fragiles des merisiers et des trembles, secouaient frénétiquement les feuilles rouges et mordorées des châtaigniers. La forêt semblait rugir, gronder contre le vent, tonner contre le temps pour lutter et ne pas être dépouillée de ses breloques papillonnées multicolores qui se détachaient de leurs branches. Un brouillard de feuilles ralentissait Emilie, frôlant son visage, griffant ses joues, caressant une silhouette pelotonnée pour se protéger d'un froid, déjà arrivé.

 

Elle stoppa à la lisière du bois, devant des bouquets d'herbes chatoyants. Là même ou elle c'était assise une semaine plutôt. Assise près de lui, si prêt, que son corps s'était mit à frissonner de désir et d'envie. Elle s'était retenue, qu'aurait-il alors pensé d'elle si elle avait osé se coller à lui à ce moment là. Mais peut être, en fin de compte, serait il resté.

 

Elle farfouilla dans les fleurs et dans les herbes, la pluie redoublait d'intensité, les vagues prenaient de l'ampleur et paraissait sauter violemment sur la plage éclaboussant de ci de là. Emilie ne trouvait pas. Ses mains tâtonnaient, farfouillaient, atteignant le sable, arrachant les plantes. Il devait être là, elle en était sûr, elle se rappelait lui avoir montré, elle se souvenait du sourire qu'il avait alors arboré. Elle croyait l'avoir enfin conquis, depuis tant d'année qu'elle était éprise de lui.

 

Ils étaient rentré la main dans la main, tout en discutant, longeant le potager de madame Pommeret où les poireaux murmuraient aux citrouilles. Riant devant les têtes rondes des choux pommes et caressant les  poils doux des carottes. Elle aurait juré qu'il avait aimé ses merveilleux instants. Elle aurait juré qu'il l'aimait, elle. Mais si cela avait été vrai pourquoi serait il partit.

Après le potager, ils avaient couru jusqu'à la maison de campagne. Elle était si heureuse, son coeur n'avait cessé de carillonner.

La salle à manger et sa cheminée, l'escalier de bois, la chambre parfumée, une nuit si merveilleuse, l'amour, la joie. Puis le terrible retour. Un lit vide.

Enfin, ses doigts accrochèrent un objet, ronds, rugueux, il s'était enfoncé dans le sable au pied des mottes d'herbes sèches. Emilie l'approcha de son visage, le colla à sa joue, l'emmitoufla dans ses mains et s'assit sur la plage.

 

 

La rousseur de ses cheveux dans le vent, elle pleurait, la tristesse envahissait son coeur. Elle avait touché le bonheur, mais il fut si court, si rapide. Peut être reviendra-il ? Elle regardait les nuages plus sombres encore qui couvrait le ciel et se rapprochait de la mer, si bas qu'ils étaient maintenant.

Comme le temps, sa vie s'assombrissait. Fallait-il attendre des jours meilleurs, et se languir d'un espoir qui ne pourrait, peut être jamais revenir. Après la pluie vient le beau temps, dit on. Mais lorsque l'amour passe, renvient-il sur ses pas pour nous prendre à nouveaux dans ses bras.

Il restait à Emilie que c'est espoir infime, le souvenir serré dans sa main et l'endroit magnifique où elle l'avait embrasser, lui, pour la première fois.

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