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Doucement, je prends de jolis tons mordorés, du jaune, du orange et même du carmin, je suis dans toute ma splendeur.

Le froid arrive peu à peu et la neige va bientôt me couvrir d'un joli manteau blanc.

Au loin, le tonnerre gronde et une averse se prépare.

Aujourd’hui est un grand jour, comme chaque année, j’attends une visite, une visite très importante.

J’entends un léger bruit de pas, une petite fille arrive pelotonner dans son manteau, une jolie écharpe rouge lui couvre le nez piqué de tâches de rousseur et un drôle de bonnet à breloques lui donne un petit air mutin.

Serrant contre elle une citrouille, elle peine à avancer, son précieux fardeau est lourd. Elle arrive enfin et dépose sa citrouille à mon pied. Puis elle s’approche de moi et me serre dans ses bras. C’est sa façon à elle de me dire bonjour.

C’est mon amie, je suis son confident, je suis son petit creux de réconfort. Dans une niche de mon tronc elle y dépose ses secrets, ses peines, ses larmes, ses joies.

Mais que fait-elle avec cette citrouille ? Ne va-t-elle pas embraser les feuilles qui jonchent déjà mon pied ?

Après un bon moment, elle commence à écumer, les allumettes sont un peu humides et l’étincelle ne veut pas jaillir. Ses petits doigts s’engourdissent, cette fin de mois d’octobre est bien froide. Elle parvient enfin à l’allumer et une flamme chatoyante illumine le sourire grimaçant de la citrouille.

Je suis le seul chêne du jardin et à ce titre je suis choyé, admiré.

Je n’ai rien à voir avec les malheurs trembles qui sont secoués comme des pruniers à la moindre bourrasque.

Ma petite visiteuse s’approche, à nouveau, de moi et m’entoure de ses petits bras, je suis son confident et aujourd’hui elle a beaucoup de choses à me dire.

Dépêche-toi petite chérie le temps se gâte.

Soudain de violentes rafales secouent mes branches. Mais je reste fier, droit sur mon pied. Je suis le seigneur de ce jardin, tout de même !

La pluie tomba, d’abord en petites gouttes qui en touchant les feuilles font entendre un doux carillonnement.

Ma douce visiteuse se lève précipitamment, remet son drôle de bonnet et part en courant. Elle ne veut pas que ses cheveux se mettent à moutonner, ce qui lui donnerait l’air d’une brebis.

A bientôt mon amie, revient vite me voir…Tes confidences, tes doux secrets sont pour moi la sève qui me font vivre.

La petite pluie se transforme en déluge et tout à coup me voilà dépouillé de ma belle feuillure.

Ma silhouette est plus svelte, bien sûr, mais je me sens tout nu. J’ai l’impression d’avoir perdu, en même temps que mes feuilles, de ma superbe.

Je prends alors mon air renfrogné, celui de l’hiver, et je n’en démords pas, les trembles, tout nus aussi, en seraient trop contents !

A mon pied le magnifique tapis de feuilles est devenu plus épais et la citrouille n’est plus visible. Quel dommage, mon amie s’est donnée tant de mal pour venir m’illuminer et l’averse a tout gâché.

Voilà, l'automne qui m'enveloppe de son manteau de brouillard.

Bientôt je serai recouvert d'une jolie neige et je me languirais que le printemps revienne pour me parer à nouveau de belles feuilles vertes et ainsi recueillir à nouveau les doux secrets de ma tendre petite visiteuse. 

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