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Je ne savais pas les saisons entichées, ou devrais-je dire entachées, d’humeurs particulières incontournables !  C’est l’automne, voilà un fait entendu, chère Madame. Si votre proposition avait omis cette dimension, lui adjoignant, de surcroît, une contrainte mièvre consistant à colorer mes mots dépouillés de couleurs riches et chaudes, mon texte eut été décoloré et encoléré, avec des mots noirs et violines, des mots gris et carmins, des mots chagrins et vilains. Vous m’acculâtes, chère Madame, à écumer de dépit au souvenir d’un récurrent octobre noir vomissant des rafales de haine ; ah, vous souhaitez du rouge ? Allez donc le chercher dans les tréfonds d’un équinoxe qui vit le sang perler sur le couteau d’Abraham, Perséphone retourner aux enfers, un « sans dessus dessous » des pôles,  les séismes indonésiens. Le mordoré vous sied ?  Je lui préfère une mort dorée au pied d’un tremble jaunasse enraciné dans une terre brulée et  frissonnant de sa caducité. Votre humeur affectionne le Précieux et chatoyant ? - Chatoyant et précieux -Mortelle naphtaline- ! Ramassez donc votre verbeuse breloque, dépouillée de viscères rousses mais nécessaires et transformez  votre citrouille en carrosse, comme votre mère vous l’apprît ; ma morale de Gland ne me l’autorise plus, m’insufflant que « Dieu fait bien ce qu’il fait », dans le brouillard de sa lucidité malsaine.  Mais trêve de gronde, fronde et sonde je vous laisse à vos vers moutonnant et m’en vais secouer mon chien pelotonné et le traîner sur les bords d’une Bourges émeraude et limpide, évitant les tapis de châtaignes. S.V.P., laissez ma silhouette se dépouiller d’elle-même et se languir d’un automne monotone, les mots du monde carillonner au fond de mon cœur exsangue. Mais n’oublions pas que ceci est un exercice ; merci chère Madame de m’avoir permis de croquer cette orange amère avec vous.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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