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« Je dis au revoir à ma mère devant la porte avec deux baisers, une forte étreinte et la surprise de constater que tout ce que j’avais découvert lors de ces derniers jours ne parvenait pas à modifier notre relation ».

Ce matin, la douleur nous unit tous. Mon père toujours conciliant avec moi, nous soutient tous à bout de bras devant le cercueil de Louis, mort accidentellement la semaine dernière. Une voiture folle, un chauffard en fuite des vies brisées !

Un petit buffet organisé rapidement pour sustenter la famille proche et les amis venus de loin. Des discussions fusaient un peu partout et je surpris des phrases sibyllines, des mots troublants.

Nous ne nous étions jamais bien entendu, elle et moi. Elle disait toujours que j’étais capricieuse, une sale gamine jamais satisfaite. En grandissant pourtant, les choses s’étaient peu arrangées et la naissance des petits enfants avait fait le reste. Cependant, j’avais perçu une zone secrète, une ombre sur cette enfance. Mon frère Louis plus jeune de trois ans était la perfection personnalisée d’après ma mère. Il était calme gentil posé  et travailleur en classe. Moi j’étais plus espiègle, turbulente et je travaillais juste le nécessaire. Cela ne m’a pas empêchée de suivre des études de droit et je suis maintenant jus d’instruction. Mon petit frère a traîné ses guêtres et devenu intermittent du spectacle souvent en période d’intermittence.

Une fois seule avec ma mère, je posais les questions que je n’avais jamais oser émettre. Elle accepta de me répondre et lentement comme si elle instillait un puissant venin, elle ma raconta que j’étais une « adoptée », une enfant venue de nulle part dont les parents légitimes n’avait pas voulu. Elle avait été me chercher à l’orphelinat avec joie, elle qui ne pouvait pas avoir d’enfant. Elle aurait préféré un garçon mais….Mon père plus réticent à l’adoption mais avait fini par craquer devant mes boucles brunes et mes yeux gris vert. J’étais leur bonheur semble t-il. Et puis, ma mère se retrouva enceinte ; Louis est né et il est devenu le centre de sa vie, moi j’étais simplement là, mais ce n’était plus pareil. Voilà ce que j’appris le jour des obsèques de mon frère. Dur à encaisser ; ne pas savoir d’où j’étais issue, qui j’étais vraiment. A trente ans je me retrouvais dépossédée de mon identité.

Je sortis de la maison le cœur à l’envers, la douleur avait délié les langues et la violence des mots jetés à la figure me transperça comme autant d’aiguilles. Je marchais jusqu’à l’épuisement dans les bois de mon enfance. Je me revoyais avec mon vélo à roulettes devant mon père. Enfin mon père ! Ils m’avaient tous menti ! Une idée fulgurante me traversa l’esprit comme une comète et ne quitta plus. Que me cachaient-ils encore ?

« Ce n’est peut-être pas l’unique secret, pensai-je ensuite, mais j’étais fatiguée très fatiguée».

Tag(s) : #Textes des auteurs
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