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J’ai dit au revoir à ma mère devant la porte avec deux baisers, une forte étreinte et la surprise de constater que tout ce que j’avais découvert lors de ces derniers jours ne parvenait pas à modifier notre relation.

 

J’ai toujours su que ma mère n’était pas heureuse, et que le mari qu’elle s’était choisi n’était peut-être pas celui dont elle avait rêvé, ou alors qu’il avait évolué avec l’âge, était devenu bougon, exigeant, exclusif, jaloux. J’étais trop jeune pour savoir les choses de la vie et si on pouvait s’épanouir autrement qu’avec l’amour et le sexe. J’ai su, depuis, par mon expérience propre, que l’amour est le plus beau cadeau qu’un homme puisse faire à une femme, et réciproquement, et si cet amour est partagé, eh bien, il faut en profiter autant qu’il durera. J’ai appris aussi par l’usage que si l’épanouissement physique va de pair avec lui ou survit encore après la fuite des sentiments, eh bien, il peut servir à combler bien des manques et bien des questionnements.

 

Ma mère n‘a plus jamais souri jusqu’au jour où je l’ai vue redevenir gaie comme avant, comme au temps de ma petite enfance où elle et mon père me berçaient doucement, en tentant vainement de m’endormir. Ils  s’embrassaient sur la bouche longuement et s’envoyaient des regards tendres, et moi j’étais heureux, comme je m’imaginais qu’il est normal que tous les papas et toutes les mamans doivent s’aimer comme eux. Le contraire me paraissait totalement impossible.

 

Un jour, papa partit en voyage d’affaires et on ne le revit plus pendant une semaine. Maman se mit à chanter toute la journée. Le soir, avant de me coucher, elle me faisait de longs baisers et des câlineries qui duraient des minutes entières, moi je me lovais contre son corps et le contact de sa peau me procurait un bien-être impossible à décrire. Elle me bordait tendrement puis regagnait sa chambre. J’étais si heureux de l’avoir enfin pour moi tout seul !

 

Je vécus un début de semaine  idyllique. Parfois, j’entendais au loin du côté de sa chambre, des bruits bizarres, des déplacements de meubles, des chuchotements comme si une personne étrangère à la maison s’était introduite en cachette. Le lendemain, je lui fis part de mes remarques et elle m’assura que j’avais dû me tromper, qu’il n’y avait qu’elle dans la chambre et que j’avais sans doute entendu le son de la radio ou de la télé.

 

Le soir même, les bruits se reproduisirent, mais je réussis à m’endormir tout de même. Mais cette nuit-là, un horrible cauchemar me fit me dresser d’horreur sur mon lit et je me précipitai dans la chambre de ma mère pour me faire consoler. Un monsieur, un étranger qui n’était pas mon papa,  dormait dans son lit et enlaçait tendrement ma maman qui souriait béatement dans son sommeil. Aucun des deux ne m’entendit, car j’étais arrivé sur la pointe des pieds. Je repartis de même et allai me recoucher sans bruit en tentant d’exorciser tout seul mes peurs.

 

Quand maman arriva pour m’embrasser vers 8 heures, je détournai la tête, et refusai ses baisers. Maman fit mine de s’en offusquer, mais se garda bien de me demander les raisons de mon geste. Je pense qu’elle avait déjà compris. Je refusai ses baisers jusqu’au retour de papa, tard dans la soirée, vers lequel je me précipitai quand il rentra le huitième jour à la maison. C’était dimanche, il avait fait un temps superbe, papa, ordinairement pâle et d’allure sévère,  avait une mine resplendissante, je le reconnus à peine, tant il était épanoui… Il se précipita sur ma mère et l’embrassa si fort que j’ai cru qu’il allait l’étouffer… Je n’avais pas vu ça depuis des années… Quant à maman, elle se tenait discrètement dans un coin de la pièce, en m’envoyant des regards craintifs de temps en temps…de peur sans doute de me voir parler.

 

Je la dévisageai alors avec tristesse et compassion. Ce n’est peut-être pas l’unique secret, pensai-je ensuite en me retournant vers mon père toujours aussi souriant et heureux, j’aurais voulu les tuer tous les deux, mais il se faisait tard,  j’étais fatigué, si fatigué !

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