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Quelques mois à rêver de ces vacances. Une façon de supporter les jours qui, sans relief, se succèdent. 20 jours de congés payés, 6 RTT. Le temps m'est compté. Je veux faire du cerf volant, courir dans le sable, buller au soleil, manger des fruits de mer, boire un verre de muscadet, déguster un banana split, m'étonner de la longueur du jour et regarder l'horizon jusqu'à Jersey.

 

26 jours pour profiter. Top chrono !

Temps incertain. 15 degrés. Virus me terrassant. Le cerveau embué, la pensée marshmallow. Je tousse, je tousse, et je tousse encore. Je me sens fatiguée. Vertiges. Je n'arrive pas à profiter de mes vacances. J'en suis terriblement frustrée. Pas d'odorat, pas de goût, pas d'appétit. Même le soleil m'indispose.

J'espère que demain sera mieux. Je veux sentir l'iode, courir sans fatigue, m'agiter autant que possible. M'enivrer de toutes les sensations agréables de vacances en bord de mer.

 

19 jours, le décompte m'effraie. Irai-je mieux demain ?

 

18 jours. Un jour de moins. Le temps tel le sable, s'écoule inexorablement. L'horreur. Voir le beau temps et la mer qui se retire. Un pêcheur, une famille de sortie, des gens en terrasse, la vie qui passe et que j'observe avec grand peine. L'angoisse commence à poindre son nez. Je craque. Je ne profiterai donc pas de ces vacances. Je m'imagine atteinte d'une maladie grave, évolutive et sans rémission possible. Je ne me battrais pas. L'idée seule m'épuise. Je n'ai pas l'âme d'une guerrière. Je n'ai pas de goût particulier à mener des croisades.

J'imagine le pire, un cancer, une bronchite, la tuberculose. C'est la fin. Je m'y prépare...

 

A nouveau chez le médecin. Gorge claire, poumons ok. Petite tension. Que faire ? Du repos, de la vitamine C et du sirop contre la toux.

 

Retour à l'appartement. Après une sieste de 2 heures, direction la pharmacie. Je change ma prescription. Vitamine C et fluidifiant bronchique.

Je commence à respirer. Peut être vais-je enfin revivre ?

 

Fin de journée. Le vent ne s'est pas levé. Je n'irai pas faire de cerf volant.

 

17 jours. Lever difficile. 10H30. Je me sens dans un grand état de faiblesse. Je tousse toujours. Je n'arrive pas à récupérer. Je n'en peux plus. Plutôt mourir. Je vais me jeter du haut d'un pont ! Autant ne plus vivre, si c'est pour me traîner ainsi. Je me déteste. Je m'en veux de ne pas avoir une nature plus robuste. Mon buste est petit, mes poumons sont à l'étroit. Mon existence se réduit à mes miasmes. Souffreteuse, geignante, agonisante.

 

Je vide le rayon médecine parallèle au supermarché du coin : guarana, ginseng, caféine, acerola, antifatigue, revitalisant. Retour à l'appartement. Deux ampoules, le début d'une cure de 10 jours. Je suis au fond de mon lit attendant un miracle.

 

Reste 16 jours pour revivre ! Je vais me fumer des paquets de cigarettes, boire de l'alcool jusqu'à rouler nue dans le sable et avec un peu de chance me noyer dans la manche ! Le soleil brille et la vie m'a rarement paru aussi sombre. Je suis condamnée. L'enfer est un rhume !

 

Il ne me reste que 16 jours à vivre. Le décompte est lancé. 16 jours au fond d'un lit. Le banana split et le petit verre de muscadet s'éloignent. La météo va changer. Le ciel bleu va laisser place à un ciel chargé. L'automne sera au rendez vous. L'automne de ma vie, de mes vacances pourries au fond d'un lit pourri !

 

15 jours, 14 jours, 13 jours...

 

1 jour pour revivre. La vie a repris son cours. Le corps plus léger et le sentiment d'avoir encore du temps. Resto en bord d'estuaire. Une bonne bière. Tartare de bœuf avec frites. Je revis.

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