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Ô Jeanne, ma chère Jeanne, qu’as-tu dû  supporter depuis que tu es statufiée un peu partout ?

Qu’en dirais-tu, ma pauvre Jeanne ? Où sont tes moutons et ta cuirasse, sans parler de ton bûcher ?

Toute petite, du haut de mes six/ sept ans, aux « jeannettes » pendant des louveteaux pour les filles, je me souviens de joyeux jeudis après-midi  à évoquer ta sainteté et élaborer la plus belle effigie  ensuite exhibée…

Jaurès, représenté un peu partout dans mon sud et évoqué lors de nombreux discours,

De Gaulle, dont tous se réclament, cela fait si bien, dans les discours de droite et de gauche,

Voltaire,

Jean Moulin,

Pierre et Marie Curie, penchés sur leurs expériences dont la gloire ne devait pas revenir à une femme, i mmigrée de surcroît ?

J’avoue humblement que toutes ces statues qui gardent nos parcs et ronds points de France et de Navarre ont fini par me laisser de marbre et que mes plus beaux souvenirs sont mes amours illicites d’adolescente alors que je retrouvais mon amoureux au jardin des plantes de ma ville, à la sortie des cours et à l’abri des regards indiscrets.

Les chastes étreintes passionnées , promesses et discussions animées   abritées par vous et les arbres centenaires m’ont donné un goût d’éternité : celui de l’amour  que nul ne peut confiner ou empêcher, quoiqu’il advienne !

Le secret qui entourait ces rendez-vous ensoleille encore, des décennies après, ma mémoire sensorielle.

Honte au gardien du parc qui un jour nous surprit et jeta une ombre terriblement culpabilisatrice sur ces deux adolescents  amoureux qui « se donnaient en spectacle »  pourtant bien à l’abri des feuillages et d’une statue impassible et bienveillante!

Je faisais donc quelque chose de mal ?

Tout cet amour que je ressentais et devais taire à un père jaloux de la vertu de sa fille unique  était-il criminel ?

J’ai choisi ensuite de visiter de plus modernes représentations, telles celles de Nikki de saint Phalle exorcisant la mâle et violente suprématie, celles de Folon et de sa poésie, et tant d’autres, mais une méfiance reste de mise : chacun projetant tant d’interprétations contradictoires pour servir son intérêt …

Non, je ne souhaite à personne d’être statufié , cela me fait trop peur, malgré les chefs d’œuvre semés dans toute la planète mais trop souvent massacrés ou déplacés au gré des pouvoirs politiques et intégristes.

Désolée, j’ai peur de vous, statues qui ont tenté de défier le temps et la bêtise des hommes.

Ne comptez par sur moi pour venir aux commémorations en grande pompe, je préfère rêver de vos vies à la recherche d’une liberté sans cesse à reprendre et gagner au péril de vos vies terrestres….

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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