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C'est aujourd'hui le printemps, saison où la terre sort enfin d'un long sommeil hivernal. Une période d'abondance, de douce chaleur et de vents caressants. Les arbres autour de moi s'habillent de leur manteau feuillu, les fleurs elles, naissent dans une explosion de couleurs chatoyantes. Il y a aussi l'herbe, si jeune, si tendre au toucher qui discrètement parsème le sol dénudé. Je peux entendre au loin, l'eau du ruisseau impétueuse, coléreuse, enfin libérée de sa prison glacée. C'est le moment où la vie éclos, où notre fée, la nature, dépose un baiser sur chacun d'entre nous. Je me suis préparé à ce jour sacré.

 

Je m'appelle "Fi" et je suis un papillon diurne, un beau papillon de lumière. Avant cela, je fus d'abord chenille "rien d'extraordinaire à cela"direz-vous, et "vous n'aurez pas tort", une simple larve arpentant inlassablement les arbres et leurs feuilles dans le but unique de me nourrir jusqu'à épuisement. Puis vint le moment, où tout bascula dans ma vie. C'était l'instant précis, l'heure biologique! Après une dernière mue, je bâtis mon cocon pour m'y endormir paisiblement, épuisé, repus, afin de me transformer en un être voluptueux et gracieux. L'hiver a protégé mon sommeil, je suis resté de longs moments immobile, fragile, sans aucune assurance d'aller au bout de mon aventure, dans l'ombre, veille toujours mes ennemis. Mais, je sais me camoufler, me fondre dans mon environnement permettant ainsi à mon corps d'oeuvrer en silence à sa métamorphose.

La saison de la renaissance vint enfin, je me sentais bizarre, presque étranger à moi-même, quelque chose d'autre, qui avait une soif grandissante de se libérer pour goûter à la chaleur de cette nouvelle vie. Pour cela, il me fallait extraire ce corps neuf de ce cocon étroit, ces grandes ailes que je sens maladroites, les déployer, car rien ne presse malgré mon engouement, il faut qu'elles sèchent et c'est à ces doux rayons de soleil que je m'emploie à les exposer. Quelques moments plus tard, enfin libre, je m'éloigne de la nymphe protectrice pour affronter ce monde suspendu au dessus d"un sol que j'ai si souvent arpenté quand je n'avais pas d'autre choix que celui-là!

Au détour, du doux lit d'un cours d'eau, je vois mon image s'y refléter. De commun, je suis devenu quelqu'un d'exceptionnel. Bien sûr, j'ai conscience que je suis toujours fragile, encore plus délicat peut-être qu'avant mais je suis devenu élégant, beau, mon vol ressemble aux douces arabesques d'une danse orientale. Je peux observer mes ailes, finement découpées, pareilles à la dentelle la plus fine et la plus précieuse, au dessin complexe, comme tracé d'une main experte et gracile. Leur teinte chaude, est d'un rouge irisé, bordée d'un blanc tranchant et pur, semblables aux doux velours soyeux et lumineux. Sur ma tête, j'ai deux fines antennes noires et mon corps est sombre, long et souple.

Plus la journée avance et plus mon aisance s'affirme, mes mouvements sont plus déliés, plus harmonieux et artistique. Au loin, le ciel s'assombrit, est-ce là un mauvais présage? Je le su quelques minutes plus tard quand le vent commença à tout chahuter autour de moi, accroché avec peine à la branche accueillante, le tonnerre me fait trembler d'effroi, me déstabilise, même les oiseaux prennent la fuite, se désintéressant totalement de leur repas, m'accordant ainsi un répit.

Où est ce beau soleil lumineux, celui qui apaise la nature? C'est le printemps, une saison capricieuse, instable. J'essaie de rejoindre un abri plus solide mais sur le chemin, la pluie est apparue, me clouant au sol. Des gouttes énormes me blessent, me brutalisent mais malgré tout, même si je ne peux plus voler, il me reste assez de volonté pour avancer sur mes pattes fragiles, juste le temps de venir me réfugier sous un grand sol pleureur qui me protège des caprices du ciel. Accroché à lui, moi brindille légère, je me protège du tumulte comme je le peux et attend que la tempête s'apaise. Le sous-bois est silencieux, aucun son familier, rien, sinon le bruit de la pluie qui se fracasse en tombant. Heureusement, ce fut intense mais de courte durée, je suis maintenant trempé, alourdis par l'averse, j'attends une douce caresse du soleil et quitte mon arbre protecteur pour me poser sur une bruyère touffue encore humide. Là, je m'accorde un instant de repos en déployant mes ailes mouillées. C'est là que je la vis pour la première fois, cette douce beauté immaculée qui vint se poser près de moi. Séduit par tant de grâce, je m'en approche, elle ne s'effarouche pas, alors quand il est temps de s'envoler, je la suis dans un duo amoureux que seuls les papillons peuvent rendre gracieux. Passant de branches en branches, de feuilles en feuilles, elle ne me quitte plus, ayant trouvé en moi, son compagnon de route. Mais mes peurs se sont multipliées, car le danger autour de nous est à jamais présent, ici, dans cette toile d'araignée, ou là, dans l'oiseau affamé et j'ai peur pour elle!

Le temps passe et l'été enflammé pointe son nez, rendant le ruisseau si généreux plus aride, fanant les fleurs et leurs magnifiques couleurs, il jaunit l'herbe tendre et les blés dans les champs sont mûrs. Ce soleil de plomb, me prive de mes longues promenades, de mes jeux, de la caresse douce de feu ce soleil printanier. Je préfère me réfugier dans la fraîcheur du sous-bois pour n'en ressortir que quand l'astre divin commence à décliner. Nous ne sommes pas seuls à chercher l'ombre salvatrice, l'homme, le plus grand prédateur, lui aussi cherche la fraîcheur! Il se montre bruyant, curieux, bien souvent agressif, et fréquemment indifférent à ce qui l'entoure. Mais certains sont attendrissants et respectueux, c'est ceux là que je préfère sans pour cela prendre le risque de m'en approcher! Car mon combat est de ne pas me faire emprisonner, ce combat là est perpétuel comme celui de ne pas me faire dévorer, je suis toujours en état d'alerte! A leurs yeux, je suis inutile, trop fragile, drôle, beau mais trop petit, si insignifiant et à bien des égards trop nombreux alors ils l'ont aucun scrupule à me faire mal. Ma compagne, belle image de pureté, de douceur et d'élégance, s'est fait capturer, je ne la reverrai jamais et mon si petit coeur saigne! Mais à quoi peut ressembler la souffrance d'un papillon, il n'y a que moi qui le sait alors je continue mon chemin seul, empli de tristesse! Ma vie est éphémère sur cette planète, je ne suis qu'un petit papillon lumineux, un papillon diurne, qui butine à longueur de journée, flâne sur le feuillage, se laisse porter par la brise légère mais ce qu'ils oublient sans doute parce qu'ils n'y pensent pas ou qu'ils n'en savent rien, c'est que j'ensemence leur terre, la rendant encore plus fertile.

 

L'automne se fait sentir, au crépuscule de ma vie, j'écris ces derniers mots et poserai ma plume, m'endormirai doucement en pensant à ma douce et folle vie de papillon de jour, à ce petit instant sur cette grande ligne qu'est le temps, où j'ai pu vivre intensément chaque seconde de cette existence fragile.

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