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Réveil en sursaut : ils sont en train de défoncer la porte d'entrée. Magali, affolée vient en hurlant se blottir dans notre lit. Ses cris stridents ne parviennent pas à couvrir une voix de stentor qui annonce : police, Monsieur H. vous êtes en état d'arrestation. Quatre silhouettes noires, de la semelle à la tête, encagoulées font irruption. Magali, terrorisée rampe jusqu'au fond du lit. Clarina oublie sa peur pour essayer de rassurer sa petite.

Maîtrisant la montée de haine directement proportionnelle à la violence de cette intervention musclée, je sors du lit le plus dignement possible et fais face à ce que je suppute être le chef de cette mascarade.

Je savais que cela arriverait un jour bien que je sois assez stupide pour croire que je pouvais passer à travers les gouttes. Averti donc, mais pas vraiment préparé à la brutalité de ce qui vient de se dérouler.

Je me vois empoigné sans ménagement par deux fonctionnaires, collé face au mur, menotté dans le dos, traîné hors de mon domicile pour être enfin transporté dans un véhicule médical du ministère de l'intérieur.

Je tremble de froid. Il ne doit pas faire plus de trois degrés et je suis pieds et torse nu. Je ne mets pour dormir que le bas de mon pyjama.

A l'intérieur du fourgon, les quatre nervis me portent sur une civière avec difficulté. Il ne sera pas dit que je me suis laissé faire sans réagir. J'essaie d'adopter la technique de l'anguille et gigote pour tenter d'échapper à cet étau. Je sais la partie perdue.

Ils appuient de tout leur poids sur mon corps allongé afin de permettre à un homme en blouse blanche de me sangler des pieds à la tête, jambes serrés bassin collé et torse comprimé, bras gauche solidarisé avec le reste dans ce carcan.

Quant au bras droit, il est à son tour attaché sur une planchette formant un angle de 45 degrés avec la civière.

Incapable de bouger je n'en continue pas moins à vouloir résister. Je ferme les yeux pour mieux me concentrer sur les muscles du bras. J'essaie de les bander au maximum. En prévision d'une telle scène, j'avais assidûment fréquenté une salle de musculation avec mon groupe de désobéissants. Une sensation de froid humide à mi chemin entre le poignet et le coude me fait ouvrir les yeux. L'infirmier, à l'aide d'un coton imbibé d'antiseptique, me frotte le bras. Sur un plateau blanc posé sur une console, il récupère une énorme seringue dont il enlève le capuchon pour découvrir une aiguille dont la section est impressionnante. Il se penche sur l'endroit nettoyé et approche l'horrible dard.

La piqûre peine à entamer la chair. Plusieurs tentatives sont nécessaires afin de trouver l'endroit le plus moelleux. L'infirmier ne s'en formalise pas : De toute façon, on finit toujours par vous avoir !

Son adage se vérifie encore. Une fois l'injection faite et l'appareil laser relié à un ordinateur baladé au dessus de mon bras pour vérifier que tout fonctionne,  ils me libèrent m'abandonnant sur le trottoir.

Je ne suis pas d'humeur, mon biceps douloureux enfle à vue d'œil. De retour dans mon appartement j'assiste impuissant au saccage en règle de ce que nous avions eu tant de mal à construire : un intérieur agréable à vivre. Tout est fouillé, renversé et ce qui peut être éventré l'est. Accroupies le long d'un mur, blotties l'une contre l'autre, elles assistent à ce carnage avec dans les yeux de ma femme de la résignation teintée de tristesse et dans ceux de ma fille de la sidération.

Les regrets m'envahissent. Que de naïveté dans ma révolte ! Et pour en arriver où ? Au même point que les autres, la violence en plus, un traumatisme évitable pour ma fille de cinq ans. Je me dégoûte.

Maintenant j'ai une puce RFID dans mon corps, une de celles qui non seulement possèdent en sa mémoire l'identité et tous les renseignements administratifs connus depuis belle lurette par les administrations mais aussi d'autres éléments dont les associations de défense des citoyens peinent à avoir le détail. En sus, je suis localisable via le satellite à tout moment.

-Où les avez-vous cachés ?

-Quoi ?

Vous vous foutez de moi, vous  savez bien ce que je cherche. VOS PAPIERS.

Quels papiers ?

-       Permis de conduire, carte d'identité….

-       A quoi vont-ils vous servir, ils ne sont plus valables de toute façon ! C'est pour les trouver que vous avez tout saccagé ?

-       Exact ! quant au pourquoi, j'ai l'ordre formel de ne rien dire. Où les avez-vous cachés ?

-       A la poubelle, tout simplement puisqu'ils ne servaient plus à rien.

-       Là encore, vous vous moquez : on sait pertinemment que votre mouvement demande à ce que vous les conserviez.

Je hausse les épaules et renonce à répondre et comme il voit bien qu'il ne tirera rien de moi, lui et ses hommes tournent casaque.

 

Je regarde mon bras endolori avec une certaine répulsion. Je suis un NSP (nouveau sans papiers) à ne pas confondre avec les SP, ces pauvres bougres qui se terrent par peur d'être expulsés.

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