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Je ne fréquente plus les églises depuis longtemps. Ma foi, tapie dans mon inconscient, se fait discrète. Aujourd'hui, pourtant, j'ai eu envie de venir m'asseoir dans cette église pour m'imprégner de cette ambiance enveloppante et de cette odeur particulièrement rassurante. Assise sur un de ces bancs de bois inconfortables, je ressens un bien-être apaisant. Je souris aux souvenirs qui surgissent de ma mémoire qui me viennent de l'enfance, cette période à laquelle quelques générations se sont laissé emberlificoter par toutes les règles strictes et culpabilisantes qu'on nous enseignait. La peur m'habitait instantanément lorsque j'entrais en ce lieu mystique. La frayeur d'avoir commis un péché si grave que j'allais brûler dans les flammes de l'enfer pour l'éternité en me faisant piquer les fesses par un Lucifer vêtu de rouge, à la queue en forme de flèche et au regard terrifiant. Cette vision impressionnait la petite fille sensible que j'étais.  Aujourd'hui, c'est une toute autre raison qui m'y amène. Je surveille depuis mon arrivée les confessionnaux alignés le long du mur. Ils sont vides, j'ai vérifié. Et j'attends. J'attends qu'un prêtre se présente et aille s'asseoir à sa place désignée, au centre, qu'il referme la porte et qu'il attende un visiteur contrit voulant se faire pardonner de Dieu, par son intermédiaire, des fautes qu'il a commises. Personnellement, je ne me sens coupable de rien du tout. Je n'ai ni volé, ni tué, ni fait du tort à mon prochain. J'ai juste besoin de raconter le secret que je garde en moi depuis quelques temps.  Il m'asphyxie peu à peu, j'étouffe de ne pouvoir en parler. De toute évidence, le divulguer me soulagerait. Mais voilà, je n'ai personne à qui je peux le murmurer en toute discrétion.  Ce qui explique mon choix de m'en remettre au confesseur, tenu au secret. Mes révélations ne débuteront pas par la formule habituelle: « Pardonnez-moi mon Père parce que j'ai péché. Mon père, je m'accuse d'avoir … ». Non ! Je me permettrai de la changer en : « Bonjour mon Père, comment allez-vous? Mon Père je désire vous confier un secret devenu lourd à porter mais qui doit cependant rester dans l'ombre pour préserver l'intégrité de ma famille. Je vous supplie d'écouter ma confidence afin que s'atténue mon tourment intérieur.

Il y a deux semaines, je longeais la rue Saint-Germain à la recherche de quelques distractions qui me sortiraient de l'abattement qui m'affligeait. Ma vie est d'un ennui mortel. Ce jour-là, je me suis efforcée de sortir de chez moi et de partir explorer un coin de la ville que je ne connaissais pas. Histoire d'apporter du nouveau dans mon existence morne et sans surprise. J'ai enfilé mes lunettes de touriste et j'ai parcouru de long en large rues et ruelles en y ressentant un plaisir nouveau, celui de la découverte. Mon idée fonctionna à merveille, ma curiosité refaisait surface, je m'amusais à repérer les boutiques qui offraient à mes sens un coup de fouet bienvenu. À la fin de l'après-midi, une légère fatigue me suggéra de m'arrêter à un café pour y faire une pause bien méritée. J'ai été attiré par Le Café des Flâneurs où une multitude de plantes s'épanouissaient dans un décor sympathique. Le serveur me semblait d'humeur joyeuse. Tout à fait ce que je recherchais. Je demandai une table d'où je pourrais observer les allées et venues des passants. Je n'allais certes pas me priver de ce plaisir, toute  ragaillardie que j'étais. Un thé vert japonais et une pâtisserie sont venus augmentés mon plaisir. Tout à mon observation, je n'ai pas aperçu l'homme qui prit place à la table contiguë à la mienne. Ce n'est que lorsque le garçon de table vient lui demander ce qu'il désirait que nos regards se sont croisés. Nous nous sommes souris et au même instant une puissante déflagration s'est fait entendre provenant de la cuisine. Surpris, inquiets, nous nous sommes levés d'un bond en même temps. L'homme m'a saisie par le bras pour m'entraîner vers la sortie où le reste des clients se bousculaient déjà. L'explosion avait provoqué un incendie dans la cuisine et risquait de se propager au reste de l'immeuble. Mon compagnon de table m'escorta jusque sur le trottoir d'où nous nous éloignâmes avec empressement en ayant l'impression de l'avoir échappé belle. Quelques minutes plus tard, les sirènes du camion d'incendie se firent entendre dans tout le quartier. J'étais ébranlée, je tremblais de tous mes membres et mon compagnon ne cessait de me demander si çà allait. Au premier banc rencontré, je me suis assise pour reprendre mes esprits. J'ai relevé la tête pour remercier l'homme à mes côtés et tout ce que j'ai trouvé à faire c'est de me jeter dans ses bras et pleurer. Il me serrait contre lui en me tapotant le dos. Cela faisait bien une éternité qu'on ne m'avait offert un tel geste de tendresse. J'étais bien, j'espérais que ce moment s'étire longtemps. Je me suis tout de même éloignée de lui après quelques minutes en m'excusant d'être aussi démonstrative. Il me reprit dans ses bras en me déclarant que çà lui faisait bien plaisir tout çà. Quand j'ai relevé la tête, il posa ses lèvres sur les miennes en resserrant son étreinte. J'ai répondu à son baiser. Quel étrange comportement! Je continuais, sans retenue, à l'embrasser avec avidité. Je prenais plaisir à cette délicieuse incartade. Il me susurra à l'oreille qu'il m'invitait à l'Hôtel du Carrefour, situé tout près, pour continuer ce que nous venions d'entamer. Sans dire un mot, je me levai et glissai ma main dans la sienne. Ma réponse était donnée. Je vous épargne, mon Père, les détails du reste de l'après-midi mais sachez que la passion et le plaisir étaient au rendez-vous.  Quelques heures plus tard, alors que le soleil était à son plus bas, j'ai remis mes vêtements et suis partie pour rentrer à la maison. Sur le chemin du retour, je n'ai cessé de me demander si j'avais rêvé ou si cette aventure m'était bien arrivée. Chemin faisant, j'ai constaté que nous n'avions échangé ni nos noms ni nos prénoms, aucun numéro de téléphone ou d'adresse électronique n'avaient été échangés. Quelle mystérieuse rencontre. En cette fin de journée, j'ai franchi le seuil de ma porte d'entrée avec un grand sourire aux lèvres et un merveilleux souvenir en tête. Tant de joie m'est difficile à contenir, je me devais de partager ce secret pour m'alléger mais certes pas pour l'oublier ou m'en repentir. Merci mon Père de m'avoir écoutée jusqu'au bout, je me sens délestée d'un poids pour poursuivre ma route, longue et ennuyeuse au quotidien. Dans les moments de cafard qui finiront bien par revenir, je n'aurai qu'à me remémorer ces doux moments où la femme qui sommeille en moi s'est éveillée pour quelques instants de bonheur furtif. Et puis, pas la peine de me donner une pénitence pour expier ce que vous nommez « le péché d'adultère », je l'ignorerais. J'assume ce doux délit et souhaite le garder en mémoire. Merci mon Père.

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