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Il faisait effroyablement froid, et l'enfant qui n'avait jamais vu la neige restait prostrée derrière les carreaux de la fenêtre, à regarder ce froid engloutir le monde tout entier. La nature s'était figée, prise dans les glaces, pas un mouvement ne donnait vie à ce tableau hivernal. Imani restait immobile et silencieuse et ce depuis son arrivée, deux jours auparavant, sous le regard inquiet de ses parents adoptifs. Pour Paul et Jeanne, Imani était le plus beau cadeau de Noël qu'ils n'aient jamais eu. Cela faisait tant d'année qu'ils attendaient un enfant ! Mais Imani restait murée dans le silence et les instants de joie dont le couple avait rêvé semblaient devenir inaccessibles.

A force de rester fixe, le regard de la fillette se brouilla. Le décor s'estompa pour laisser place à un nouveau paysage, si différent. Imani vit son village natal, gorgé de soleil, de cris d'enfants et de bruits quotidiens. Tout le monde s'affairait aux préparatifs des funérailles. Puis, au pied d'un arbre, toute recroquevillée, Imani perçut sa propre silhouette. Une silhouette frêle et tremblotante. Pourtant, là-bas, le froid n'existait pas, mais Imani tremblait de tout son corps. L'enfant détourna le regard de sa propre image et le posa sur une vieille femme qui portait sur le sommet de son crâne une large corbeille, remplie de victuailles. Imani reconnut sa grand-mère, cette femme si bonne et si sage, qui avait pris soin d'elle avant de mourir à son tour. Elle n'était pas pour autant orpheline, le village était sa famille. Jusqu'au jour où la guerre avait éclatée et son village avait été détruit.

La vieille femme leva le regard au ciel et chuchota :

-        Je te vois, toi là-haut, pour qui aujourd'hui n'est autre que hier.

Imani sursauta, le village disparut et les arbres enneigés reprirent leur place. La nuit tombait. Jeanne l'accompagna jusqu'à sa chambre, sans un mot, la femme respectait le silence de sa fille. Imani  Se coucha et s'endormit.

-        Réveille-toi petit oiseau ! Je ne voulais pas te faire peur !

Imani entrouvrit les yeux, elle était perchée sur une paume immense, d'au moins deux fois sa taille. Quand elle essaya de crier, elle n'entendit qu'un ridicule piaillement.

-        Calme-toi, je ne te ferais pas de mal. Je te reconnais même si je n'ai eu qu'une fois l'occasion de te rencontrer. Tu es l'esprit du futur, tu viens chercher dans le passé, les réponses à tes questions.

La fillette se calma, elle avait reconnu sa grand-mère. Mais que se passait-il ? Elle était toute petite, elle piaillait, elle était… un oiseau ! Elle se souvint alors de cette légende ancestrale où les esprits du futur rendent visite à leur passé sous la forme d'un minuscule oiseau bleu. Son aïeule lui avait conté le jour où son fils était venu lui rendre visite alors qu'il n'était même pas né ! L'oiseau bleu ne vient que rarement et sa présence est éphémère. Il cherche une réponse. Mais quelle était la question ?

-        Va voir le vieux singe de la forêt, sa sagesse t'éclairera. Il est facile à trouver, trouve le plus grand arbre, il y sera perché. Et n'oublie pas, je serai toujours près de toi, il te suffira de fermer les yeux.

Imani prit son envol en direction de la grande forêt. Plus elle s'élevait dans les cieux, plus le village rapetissait et les hommes, semblables à de minuscules insectes, n'étaient que de petits points noirs. L'arbre fut vite repéré et le singe rencontré.

-        Bonjour, l'oiseau bleu. Peu importe la question, la réponse est en toi.

Puis le singe ferma les yeux et s'assoupit.

L'enfant était consternée : ce singe était-il si sage que ce que l'on prétendait ? En tout cas, les brèves paroles de l'animal ne réconfortaient pas  Imani. Elle repartit donc très contrariée vers le village. Mais quelle était la question ?

Sous l'arbre, la frêle silhouette tremblait toujours. Lorsqu'un oiseau bleu se posa sur son épaule, l'enfant releva la tête.

-        Ô bel oiseau ! Je suis si malheureuse ! Mes parents viennent de mourir et je les aimais tant. Ils étaient si bons avec moi. Mon cœur saigne et je crains qu'il ne puisse plus jamais fonctionner. Et peut-on vivre sans amour ?

La lumière du jour s'infiltrait par les jointures des volets, un rayon caressa les paupières d'Imani. Elle ouvrit les yeux, son esprit était encore ensommeillé et une phrase raisonnait toujours : « Peu importe la question, la réponse est en toi ». La fillette murmura : « C'est impossible ». Puis elle s'extirpa de son lit, descendit les escaliers craquants sous ses pieds nus, pénétra dans le salon où le sapin rutilant abritait des paquets colorés. Paul et Jeanne l'accueillir avec tendresse et Imani sentit une chaleur intense envahir son cœur. Un sourire vint alors habiller son visage et elle pour la première fois elle parla :

-        Je crois que mon cœur va guérir.

Les festivités de Noël s'étendirent sur une grande partie de la journée et, le soir venu, Imani,  épuisée par tant d'émotions, sombra très vite dans un profond sommeil. « Et n'oublie pas, je serai toujours près de toi, il te suffira de fermer les yeux ». Elle goûtait maintenant dans les bras de sa grand-mère la plus douce félicité.

 

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