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« J'appelle les amours qui roués et suivis par la faux de l'été, au soir embaument l'air de leur blanche inaction. » René Char, Invitation in Poèmes des deux années.

 

Un silence immense s'est installé sur le chemin qui mène de la maison à la forêt. La pluie tombe sans faire bruire les feuilles des arbres comme en été lorsque la chaleur monte et que le froid descend. Doucement, très doucement la terre ploie sous les feuilles qui tombent dessus. Les pieds craquent la terre et c'est le seul bruit qui s'entend dans ce nouveau désert. Désert d'odeur chaude, désert de frisson brut sous le souffle d'un vent de mer, désert de ce vert enchanteur qui se couche sur la terre comme un corps sur un autre corps.

L'on ne peut pas se coucher ici, même si les feuilles forment comme un doux tapis.

Le jaune-orange d'une feuille virevoltant dans l'air mouillé fait penser au soleil comme un mirage au-dessus de l'été. L'automne est là, c'est une évidence, l'automne est là et l'on ne s'en étonne pas.

Le grenier se remplit du blé vanné et des noisettes fraîchement cueillies. La laine sort des sachets en plastique bourrés d'antimites. Une odeur de pourri monte soudain du bois des commodes. L'on ouvre grand la fenêtre et c'est une nouvelle odeur qui entre à l'intérieur. Celle de la terre où se nourrissent les vers, celle du bois mort embaumant le crépuscule-air, celle de la bogue de châtaigne éclatant à terre, celle des nuages descendant jusqu'à la mer. Les pigeons et les moineaux s'accrochant au nord, font de ces vaisseaux duveteux et lourds leur barque lente d'un village à l'autre.

Les gestes agiles naguères, repoussant d'une main la mouche et de l'autre la poussière, se coulent paisiblement le long du corps, s'enfoncent dans les poches profondes et se taisent, le temps d'arriver à l'orée de la forêt. Là, elles sortent comme deux oiseaux fureteurs. Tâtent la mousse, les troncs, l'herbe basse et puis la terre. Elles ramassent de-ci de-là un champignon, une framboise tardive, une truffe qu'une autre homonyme a senti et puis, tout au long des sous-bois où flaire bon la vie en recomposition, on découvre déjà quelques petites noix ou des glands trop matures qui poussent sur leur chapeau de guingois un morceau de vert qui fait penser déjà que tout, bientôt, va repartir.

Mais ce n'est qu'un mirage, un éclat de soleil qui transperce les nuages et qui se tait aussitôt son rire lancé dans l'œil comme une bonne blague de premier d'avril.

Les mains agiles frissonnent soudain, se re-pelotonnent au fond des poches, et les pieds endormis traînent le corps hors du bois et le ramènent comme un convalescent devant la cheminée qui crépite déjà. Assis, là, il attend que le jour descende et que descende avec lui l'amie chère et son café brûlant. Une longue soirée s'éveille alors, entre les mots doux de l'un, le silence apaisé de l'autre, les cœurs serrés ne faisant plus qu'un rebattent à nouveau au tambour de l'été éteint.

 

 

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