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Depuis qu’il avait avalé  par mégarde cette graine de nanicot, il avait peur du moindre bruit, chaque insecte hantant la maison était largement de sa taille et, pour se protéger, il n’avait pas trouvé mieux que le tiroir du buffet.

Là, il se sentait en sécurité et c’était un merveilleux poste d’observation. Il n’arrivait plus très bien à se souvenir depuis quand il était coincé là. Il y avait fort longtemps, en tout cas, si l’on en jugeait aux abondants ouvrages arachnéens qui ornaient le bas du bahut, et ce n’était pas cet affreux éphéméride, complètement décortiqué qui allait le renseigner…  Il était dans ce tiroir, assez spacieux par ailleurs, vu sa taille,  incapable de  sortir sans risquer de se trouver face à face  avec ces deux vilaines bêtes à cornes qui n’en finissaient pas de grimper le long des portes.

Pour tromper sa solitude et son attente,  il passait le plus clair de son temps- quand il ne tombait pas dans une léthargie profonde- à  repenser aux objets dont il n’était pas arrivé à se séparer et qui tous étaient liés à la période de sa vie avant le nanicot. Tiens, justement, cette maquette  qu’il avait créée à l’identique de  l’église du village. A l’époque, on le félicitait régulièrement pour son adresse à manier bois, fils et cordes pour en faire de menus objets qu’il offrait la plupart du temps … Ne restaient là que le nichoir qu’il destinait aux mésanges du jardin et le petit lit de poupée qui serait maintenant presque assez grand pour lui. Il y avait aussi cette gelée de groseilles dont il aimait se faire de larges tartines de pain de mie et dont il se serait bien encore régalé si les cuillères, devenues trop grandes  et trop lourdes pour lui, n’avaient été hors de sa portée ; il avait même imaginé se laisser couler dans le pot de gelée, mais il avait bien trop peur de ne plus pouvoir remonter à la surface. Il avait beau être excessivement gourmand, il n’était pas encore prêt à mourir englouti dans un gouffre de confiture… Il se serait bien risqué à suçoter un peu de citron ou de pêche, il se réservait le droit de le faire un de ces jours prochains. Par contre,   il avait d’ores et déjà renoncé à  se servir d’un de ces grands mugs qu’il affectionnait tant pour le chocolat du matin… D’abord, il ne pouvait absolument plus bouger ces récipients imposants et, en imaginant qu’il y parvienne, là encore il risquait la noyade, voire, l’ébouillantage… Qui plus est, il lui faudrait  escalader le  moulin à café ou même l’antique hachoir qui l’auraient avalé d’un rien et transformé dans l’instant même en chair à saucisse !

Non, décidément, il ne sortirait pas de son confortable et sécurisant tiroir…

 Si au moins les clés suspendues à la patère avaient été celles de la liberté… Mais enfin, comment avait-il bien pu avaler cette maudite graine qui avait fait de lui un être aussi petit ? Il s’était comporté comme un inconscient, il aurait dû s’assurer avant qu’il existait un antidote,  oui, sûrement, il existait un antidote…  Il était prêt à attendre le temps qu’il faudrait ; de son poste d’observation, il ne saurait manquer  de voir la bonne fée (et tant pis si c’était une sorcière)  qui le lui apporterait…

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