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Il était une fois un homme qui avait tout pour lui mais qui avait tout perdu ….

Jean Decroly ressemblait aujourd’hui à ses semblables.  Ceux qui errent de ruelles en ruelles, qui ont perdus toute dignité, toute confiance en soi, qui dorment dehors,  été comme hiver, qui mendient toute la journée et volent pour se nourrir. Oui, son quotidien avait bien changé en un an de temps.

L’an passé, il était encore le Docteur Jean Decroly, le plus réputé et le plus doué neurochirurgien de l’hôpital de la Pitié de Boston. Les patients venaient de partout pour être entre ses mains, il avait passé des heures, des nuits complètes dans son bloc, afin de sauver des inconnus. Et aujourd’hui, il était, lui aussi, devenu un inconnu. Plus personne ne le regardait, ne l’admirait, personne ne venait le voir ou prenait de ses nouvelles. Sa vie était partie à la dérive lorsque qu’un soir de janvier, sa femme s’était suicidée.

Elle lui avait laissé juste un petit mot, posé sur son oreiller «  Trop de travail, trop d’absence, trop de trop …, je ne supporte plus ma vie, je ne te supporte plus … ». Ce fut le choc. Il n’avait rien vu venir. C’est vrai qu’il travaillait énormément, mais c’était une passion… Alors à la suite de cette disparition, il avait commencé à boire, un peu, puis un peu plus.

Il n’y faisait même pas attention, c’était devenu mécanique, un réflexe. Quand il était ivre, il était libre, son esprit ne cherchait plus de réponse, son corps semblait flotter.

Mais le 10 février 2004, il opéra, sous l’emprise de l’alcool, une fillette âgée de 9 ans, atteinte de la maladie de Friedreich. Cette opération fut le fiasco de sa vie professionnelle. La petite se réveilla tétraplégique. De ce jour là, il abandonna sa vie entière : son poste, sa maison, ses amis. Il voulait disparaître ….

Dans la rue, personne ne le connaissait, il se fondait dans la masse .Il aurait voulu ne plus exister, ne pas avoir gâcher sa vie, il avait tellement de regrets …

Assis sous une porte cochère, il ressassait toujours ses vieux souvenirs, il était crasseux, ses vêtements élimés, il avait faim, mais était lucide, il avait arrêté de boire depuis 6 mois. Pour la première fois depuis un an, il était fier de lui, cette pensée lui arracha un sourire, c’est à ce moment là qu’on l’interpella :

 

Voilà qu’au bout d’un an, on se souvenez encore de lui, allait-il être à la hauteur ?

Il se le devait, il le devait à Juliette, sa femme et à cette petite fille, Elena, tétraplégique par sa faute.

Allait il passer de l’ombre à la lumière, de la ruelle au tapis rouge …. ?

Son esprit ne lui jouerait pas des tours, il ne se réveillerait pas demain matin en se disant  « Tout est vrai, parce que je l’ai inventé, comme disait l’écrivain Jorge Luis Borges.

 

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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