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Chevauchant depuis le levé du jour, elle traversa la plaine septentrionale de Drorliche sans peine. Elle savait qu’après cette étape, il lui faudrait prendre une ultime décision. A cette seule pensée, un frisson lui couru le long du dos.

Avant cela, elle décida de s’octroyer une pause. Une fois arrivée au bord du lac de Modirane , elle descendrait de selle pour faire quelque pas et réfléchir.

Zéphyra filait comme le vent. Sa jument, à la robe blanche laiteuse, était son amie la plus fidèle depuis 5 ans, elle l’avait acheté au marché de Garuda, un prix un peu fort, mais elle ne le regrettait pas. Légère comme un souffle, obéissante comme un enfant, et aimante comme un amant, elle comprenait au moindre murmure chaque situation , même les plus délicates , et en sortait , toujours avec panache .

Le lac de Modirane fit son apparition bien avant que le soleil ne se coucha à l’ouest. Mathilde de Bragiroc  attacha Zéphyra à un arbre et commença à se détendre.

Le lac semblait l’appeler, l’inviter .A cette période de l’année, il n’était pas vaseux et cet instant fut à elle. Elle se dévêtit rapidement et plongea dans l’eau fraîche. Lentement, l’eau fit son effet, elle sentit ses chairs se détendre et son esprit s’apaisa. Son corps alanguit par tant de trajet se vivifia. Elle profita un instant encore des bienfaits du lac et sortit. Elle enfila son corsage vermeil, cachant ses seins, son pantalon  et ses bottes, elle se sentait enfin calme et plus sereine. 

Mathilde alla ramasser du bois afin de faire un feu. Le bois s’embrasa instantanément et la chaleur se rependit tout autour.  Une fois réchauffée, elle s’allongea et son esprit se mit à vagabonder. Ici, elle ne se sentait pas menacée, elle était libre de ses faits et gestes.

Comment avait elle pu être aussi stupide ! Elle n’avait rien vue venir. Elle repensa à la nuit où son père lui avait annoncé la nouvelle, dans la tourelle sud du château familial. A 22 ans, comment pouvait elle prendre une décision si grave et si importante, son père n’étant plus en état de régner, elle savait qu’elle devait reprendre le flambeau et ne pas le décevoir. Mais comment choisir entre être sous le joug de son pire ennemi, le comte de Dressa, ou bien le combattre, entraînant avec soi, les fidèles et  amis. Même si elle connaissait bien l’armée que son père avait formée et appréciait la plupart des soldats, elle ne pouvait pas leur demander le sacrifice de leur vie. Elle soupira, elle pesta contre elle-même, comment pouvait elle si sentir aussi frêle et vulnérable alors que son père lui témoignait toute sa confiance. Il fallait qu’elle prenne les choses en main, elle n’était pas un jouet, une poupée que l’on peut impressionner. Le conte de Dressa allait bientôt devoir faire face à une vaste et puissante armée. Sa décision était prise, elle ne reviendrait pas dessus, quitte à sacrifier des troupes autant que cela soit pour la liberté. Et pour couronner l’ensemble, c’est elle-même, Mathilde de Bragiroc, qui mènerait ses hommes au combat. Apres avoir pris cette résolution, elle sombra dans un profond sommeil. Ses rêves furent peuplés d’une vision étrange : elle se trouvait à Claireze, se désaltéra à la fontaine lorsqu’un homme l’appela depuis les latrines. Elle y entra et reconnu cet étranger, il excercait sur elle un pouvoir démoniaque, elle ne pouvait détourner ses yeux des siens .Elle se sentait comme happée, hypnotisée, il l’effeuillait du regard tel un servile amant.

Mathilde de Bragiroc se réveilla en sursaut, haletante, décontenancée. Le feu avait laissé sa place aux cendres, et le jour allait se lever d’un moment à l’autre. Elle essaya de rassembler ses affaires mais son rêve l’empêchait toutes actions concrètes, car, oui, elle connaissait bien l’étranger fascinant de son rêve, il n’était autre que son pire ennemi : le Comte de Dressa.

 

 

 

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