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Sous le ciel gris, l'eau se fait cendre liquide. Je ne peux m'empêcher de penser à Alain vieux soldat, qui repose là dessous quelque part entre la tourelle d'Océanopolis et la rouge du chenal. Il veille sur nous qu'il prenait un peu pour ses enfants, des enfants choisis. N'ayant ni l'un, ni l'autre, connu la protection rassurante d'un père large d'épaules nous acceptions docilement avec cependant un arrière goût d'imposture.

Au ponton son jouet flotte toujours et navigue parfois. L'autre jour nous y avons passé la soirée. Les nouveaux propriétaires sont de véritables néophytes à faire pâlir le scénariste de Liberté Oléron. Animés d'une sorte d'indolence servile qui ferait Alain les traiter de larves. Parfois je m'interroge si ce voilier ne suffoquerait pas sous le joug de son fantôme, menaçant le bonheur fragile de chacune de leurs sorties. Alors que j'évoquais à demi mots cette hypothèse, je sentis un frisson parcourir les chairs du frêle capitaine. Bientôt trois ans qu'il s'est éteint là dans ce carré. Et pour couronner le tout, les latrines défectueuses n'ont toujours pas été réparées. Ce n'est pas qu'il ne savent pas faire, c'est qu'il ne savent rien faire à bord. Ils n'ont pas la curiosité de l'apprenti. Ils ne saisissent pas les écoutes, ils les frôlent. Ils n'ôtent pas le tau de grand voile, ils l'effeuillent. Leurs réactions, un panache de bêtises qui s'écoule telle une intarissable fontaine. Ils ont l'initiative vaseuse et souvent malheureuse. Si seulement Alain leur accordait le temps d'apprendre...

L'autre jour, sous le soleil, le capitaine alangui s'embrasait à l'idée d'un couchant vermeil au mouillage de l'île de Sein. Promis, ils le verront leur coucher de soleil sénan, avec la fierté glorieuse du marin qui a fait une bonne navigation sur un plan d'eau mythique et naufrageur. Eux n'ont pas peur, trop rêveurs pour cela. Alors nous les encadrerons de nos deux voiliers. Nous enroulerons un peu de génois pour ne pas les distancer. Sous le Men Brial, nous les aiderons à poser l'ancre et toute la nuit nous surveillons du coin de l'oeil qu'ils ne dérapent pas. Nous serons là, parce que Alain l'exige et que l'amitié le suggère.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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