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20h00.  J’enfile mon costume de star gothique du top cinquante, certaine de remporter le succès du siècle. Un brin d’ironie sied bien à mon personnage.

21h 00. En grimaçant un peu à cause de mes chaussures trop petites, je monte à pied les cinq étages du 121 bd Soult. C’est malin, j’arrive en nage ! Une grande poupée blonde à couettes m’ouvre la porte et s’exclame, sûre de son effet. « Hello ! I’m Britney ! » Ah oui. C’est qui Britney déjà ?

21h15. Ca sent le chanvre dans le couloir. John Lennon et Bob Marley parlent boulot et stock-option, tandis qu’une Marylin déjà chiffonnée réajuste sa perruque devant la glace. Je m’ennuie un peu.

21 h30. Retour au « buffet » si on peut qualifier ainsi la planche dressée sur des tréteaux, pourvue de trois pizzas et d’une abondance de cacahouètes en tout genre. Quel banquet !

22h00. J’entame la conversation avec une starlette désœuvrée. Elle ne quitte pas sa paire de lunettes extra-larges à paillettes et mâche ostensiblement un chewing gum aux fruits en me racontant ses peines de cœur. J’étouffe !

22h15. Je prétexte un problème d’ourlet – je sais, c’est minable !- et parviens à me libérer, direction la salle de bain. Les feulements rauques qui s’en échappent m’incitent in extremis à rebrousser chemin. Chaude ambiance.

22 h 30.Le « bal » est ouvert. Un p’tit verre de blanc et youp là ! Je me déchaine sur toute la bande son des années 80. Jusqu’à l’écœurement, qui arrive vite.

23 h30. Un grand échalas coiffé d’une perruque Jackson Five se démène devant moi en fomentant-sans doute- quelque projet à mon égard. Je lui adresse de vagues sourires par pure politesse mais il va falloir - encore ! - songer à une porte de sortie. Pas l’intention d’embrasser cet idiot sous le gui tout à l’heure. « Il fait chaud » est la meilleure excuse que je parviens à trouver.

23h59. C’est le moment tant attendu où le DJ, après la « spéciale dédicace à Nono et à Riri » baisse le son et fait le décompte dans le micro. Tout le monde compte avec lui, dans un grand élan de connivence fraternelle. C’est mignon. . C’est grotesque. Qu’est-ce que je fais là ?

00h00. BONNE ANNEE !!! Joie- paix--amour- bonheur-partage. Les gens se décrochent la mâchoire à force de sourire et de se congratuler mutuellement. C’est fou, on change de chiffre, ça va sûrement bouleverser nos vies et toute la planète ! Je manque de recevoir le bouchon de champagne dans l’oreille droite et mon grand échalas dans les bras. Ouf ! J’esquive les deux, c’est l’avantage de ne pas être trop grande.

Happée par l’euphorie générale, il m’est impossible d’échapper aux chaleureuses embrassades des gens dont je ne connais même pas le nom. Je tente de faire surgir du tréfonds de moi-même un semblant de sourire décontract’ et avenant, mais mon cas semble désespéré.

C’est alors que je le vois, lui.

Petit, brun, les cheveux en bataille, l’air aussi perdu que moi à l’autre bout de la salle, un type aussi discret, comment ai-je pu ne pas le remarquer plus tôt ? Je croise son regard ardoise et son sourire gêné, et ça y est, j’en suis intimement convaincue : j’ai trouvé l’incarnation de mon idéal masculin. Il ne me reste plus qu’à fendre la foule sous les faisceaux de serpentins et à lui donner un baiser sublime…ce que je fais, en rêve, c’est mon vœu le plus cher, tandis que les autres invités s’estompent dans un brouillard embué.

Tout le monde se met à se jeter des cotillons à la figure et je saisis l’occasion pour me rapprocher, l’air de rien, de mon bel inconnu déjà enrubanné. Il me décoche un clin d’œil-oh, enchanteur !!!- je fonds littéralement et manque de m’étaler sur les petites boules visqueuses qui couvrent le plancher. « Champagne ! » me fait-il en me tendant une coupe remplie d’un liquide un peu tiède. Je crois que je ne me rends même pas compte qu’il est imbuvable et je siffle tout d’un trait.

5h00. Nous quittons les lieux. Dehors le boulevard Soult est en travaux, des branches de houx trainent au milieu des gravats. Fin de la fête. Début de l’histoire entre Jeanne Mas et Merlin l’enchanteur.

 

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