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Le voeu d'Ella est de s'enrouler dans un océan de soie pastel, toute douce. Elle échafaude en secret des plans pour acquérir des plants de mûriers où des milliers de bombyx s'empresseraient de filer pour elle des longueurs du fil si convoité. Mais elle reste sur son quant-à-soi et ne dévoile pas ses désirs de soie. Alors soit elle rêve, soit elle attend son heure sans heurts.

 

La passion de Joséphine l'aidera à sceller son destin. Il lui suffit de seller son cheval pour vivre pleinement. Pour l'instant, son projet est bien celé. Elle songe parfois que c'est laid de se taire ainsi. Mais elle habite la ville où tant de gens vils pourrait s'opposer à sa vocation.

 

Babou ne pense qu'à cuisiner. Dès le matin, elle plonge dans ses livres de cuisine, puis pèse des livres de farine, de sucre, de fruits, de légumes et autres pour concocter ses recettes. Certains trouvent louche qu'elle reste ainsi enfermée. Mais Babou, le nez collé dans son bouquin, dur à lire car elle louche, touille interminablement à grands coups de louche ses tambouilles indéfinissables.

 

Grand'mère essaie de rassembler toutes les filles. Elle court dans la rue, se rue dans la cour en criant : "hou-hou! où êtes vous? Avec vous été me chercher du houx pour décorer la cheminée?

 

Papy est dans ses vieux rêves de mer. Depuis que sa mère l'a mis au monde, il pense voyage, voiles, noeuds-marins, noeuds de carrick, en huit et de grappin. Grand'mère le secoue parfois :"Marc arrête, j'en ai marre. Il n'y a pas la mer ici! Va donc dans la mare aux canards, c'est aussi de l'eau!" Papy hausse les épaules et monte le son de son vieil électrophone aux piles usées. Il reprend un disque sur la pile et le cale sur l'appareil. Encore une chanson de marin avec cale de bateau et adieux déchirants. Grand'mère, irritée,  s'échappe en marmonnant : "qu'il aille donc se faire cuire un oeuf"

 

Je vous ai présenté six habitants de cette maison. En vérité, ils sont neuf. Mais, je n'ai pas osé goûter aux mets de Babou, j'ai laissé Ella fermer ses yeux verts sur ses vers à soie, j'ai regardé Joséphine traverser le champs sur son cheval, j'ai imaginé le chant de la mer dans le regard du Papy.

 

J'ai refermé doucement la porte. Je suis partie de bonne heure. Peut-être avais-je vu ce qu'était le bonheur.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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