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" Au clair de la lune

Trois petits lapins

Qui mangeaient des prunes

Comme trois p’tits coquins

La pipe à la bouche, le verre à la main

En disant :" Mesdames, versez nous du vin…. "

Cette petite comptine, amusante et anodine ne correspond en rien à la légende que racontait mon aïeule, le soir, à la veillée, quand j’étais encore une toute jeune enfant.

Donc, ma "mémé"  se plaisait à effrayer  son public- enfants et adultes sans critère d’âge ou d’origine-en lui déconseillant d’aller se promener après vingt- deux heures, les soirs de pleine lune, aux alentours de la mare qui était le lieu de rendez-vous des canards sauvages et des poules d’eau, et qui jouxtait notre village.

D’après mémé, on ne comptait plus les disparitions de voyageurs qui s’étaient aventurés par là aux dates fatidiques. Et puis, il y avait eu aussi toutes ces brebis égorgées, à moitié dévorées, qu’on retrouvait périodiquement dans les environs.

Pour étayer ses dires, un vieil original qui passait la moitié de son temps à arpenter les chemins affirmait  y avoir été interpellé par un être fantomatique, dont il n’avait pas bien perçu les propos mais il n’avait dû son salut qu’à sa bonne condition physique et à sa promptitude à prendre ses jambes à son cou !

Chacun dans le village, et même dans les villages environnants, murmurait qu’au fond de cette mare habitait le Diable Rouge et qu’à chaque pleine lune il sortait de sa cachette pour danser la bacchanale. Gare à celui qui osait croiser son chemin ! Plus d’un se signait en passant à proximité, de jour comme de nuit ; d’autres jetaient une poignée de sel… Les moins hardis empruntaient des chemins détournés …

Ma mémé et ses "bonnes amies" ne se seraient en aucun cas rendues sur ces lieux, seules, la nuit.

J’avais oublié cette légende en quittant la région.

Depuis peu, je suis revenue dans ce village, presque complètement déserté maintenant. Il ne reste plus que quelques vieilles gens qui communiquent peu. La mare du Diable est pratiquement asséchée.

Il y a de cela quelques nuits, alors que la lune affichait une face bien ronde, terrée dans mon domaine, volets clos et porte fermée à double tour, il m’a semblé percevoir des vociférations lointaines…

Bien trop couarde pour quitter mon canapé, je ne saurai jamais s’il s’agissait de simples sifflements du vent sous la porte, d’un effet de mon imagination trop vive ou …d’un appel au secours de ce pauvre diable qui doit se sentir bien à l’étroit dans sa mare qui n’est plus qu’un trou d’eau.

 

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