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C’était un matin comme il y a en a mille. C’était un matin comme il n’y en a qu’un.

 

 L’étendue de la plaine s’offrait alors ; aux regards les plus indifférents, distraits du bitume quelques secondes par habitude ; aux regards les plus furtifs d’un chauffeur d’une voiture partant mais déjà en retard ; aux regards les moins éveillés ouvrant les volets des chambres encore engourdies de sommeil ; aux regards pleins de désirs devant cette plaine qui se donnait, entière, sans concession aux voyeurs qui voulaient bien d’elle.

Elle s’élançait de nos pieds, légèrement blessée par les sillons. Elle s’étalait sur plusieurs mètres, vaste et sereine. Quelques baraques isolées semblaient avoir poussées, ici et là, plantées par un insecte un peu perdu. Au hasard des cultures, ces tôles peu habitées révélaient une présence humaine timide mais laborieuse. Là, la terre était dorée comme le pain, farinée d’une légère brume humide et sucrée.

 

La terre exhalait une odeur fraiche, un de ces brouillards qui chatouille le nez et qui provoque des éternuements à la chaine. Du fond du vallon, le cours d’eau crachait ainsi ses vapeurs, dont les rescapées s’accrochaient dans un dernier espoir, aux quelques arbres juchés sur le bord du chemin.

Mais, les rayons du soleil rebondissaient déjà dans la blondeur des blés et perçaient les gouttelettes d’eau suspendues par l’aube. La lumière, pure, délivrait la rosée et l’évaporait dans une rivière de diamants bercée par la chaleur. Etourdies par leur propre éclat, dans un ultime élan d’ivresse, ces perles se propulsaient dans le ciel, continuant leur voyage dans l’azur souverain.

 

De l’autre côté de la vallée, un minuscule clocher sans véritable couleur se détachait d’un coloriage bien précis. Le plateau, couvert de rectangles verts foncés, de petits carrés jaunes et de losanges marron, narguait la plaine rivale. Car oui, on était « en face ». Mais « en face », ce n’était pas seulement un concours de géométrie, non ... En face, c’était l’expression minérale d’une figure divine. En face, c’était le champ éternel de l’effort et de la convoitise. En face, c’était le chant dont le chœur étourdissait jusqu’aux larmes.

En face, la montagne enveloppait de son relief le cours d’eau et le cours des temps. Elle semblait contrôler le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. Immobile et éternelle, elle était sculptée pour régner. Un seul regard jeté sur elle fixait les contours de l’âme…

Tag(s) : #Textes des auteurs
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