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Tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, il me bouscule pour être le premier. Pour lui, c'est vital. C'est inscrit dans son code génétique. Une question d'honneur. Il aime cela, ouvrir le chemin, la truffe au vent, les oreilles en forme de sonar, les yeux en cœur, observant tous mes gestes tel le limier. La queue frétillante comme le poisson au bout d'une ligne, trépignant comme le pur-sang au départ de la course, il s'impatiente.

Les chaussures aux pieds, j'ouvre la porte, il couine comme un petit cochon de lait devant la mamelle maternelle. Le cœur léger comme une hirondelle au printemps il dévale l'escalier. Il passe la porte cochère tel un caïd parcourant son quartier.

Il est dans Sa rue! Fier comme le chef de la fanfare, il défile devant les boutiques.

«-Tiens, la fleuriste a changé son étale,

-hum les poulets du charcutier rôtissent sans queue ni tête,

-Le primeur nostalgique, sent la campagne plein les naseaux»

Scannant son territoire tel Sherlock Holmes, il analyse chaque fumet, ne néglige aucune piste, déposant ses propres indices pour marquer son passage. Moi en fidèle Watson, je le suis, amusé de son rituel.

Jaloux comme un pou lorsque je m'intéresse à un congénère, il émet un grognement caverneux pour impressionner.Tel un amoureux il m'observe du coin de l’œil pour calquer ses pas sur les miens.

«-Ou va telle? La petite place du quartier ou le grand boulevard?»

D'avance, il est d'accord. Il me suivra. Restera à mes côtés, collant comme un bon vieux pull-over.

Ça aussi, c'est dans ses gènes. Il me décode comme une boîte noire. Si j'ai l'humeur nostalgique, il me lèche les mêmes centimètres carrés jusqu'à les user. Essaye de faire entrer sa grosse truffe dans mon oreille pour me faire rire.

Mais si je me réveille l'esprit chafouin, prudent, il reste dans son panier.

Attaquant l'aspirateur quand un vent ménagé me décoiffe.

La tête caché dans le cabas au moment des courses.

 

Il sait tout, devine tout, comprend tout.

 

Mais Monsieur aussi a ses états d’âme.

Lorsque le week-end se termine, que les amis, les enfants, les amours rentrent chez eux, tel un comédien émérite, il me joue la grande scène,l'épaule basse sous le poids de la misère canine, le pas lent d'un malade en rémission, le regard perdu du voyageur un jour de grève, la truffe sèche comme une croûte de fromage oublié, il s’affale mollement en travers de la couette, laissant échapper le long râlement déchirant du ballon de baudruche qui se meurt. Tombe dans le sommeil sans prévenir, tel un nouveau-né. Il a le ronflement sonore d'une vieille 2CV, accompagné de petits gémissements et d'un ballet de jambes galopantes.

Il rêve:

Il est dans sa campagne, change encore la cachette de l'os offert par le boucher. D'un œil en coin, il me surveille, l’instinct en alerte. Il ne faudrait pas que je lui vole. Entre ses babines endormies,un grondement sourd. Le rêve se poursuit, il est dans son jardin. Fait son gendarme, inventant des bruits, rien que pour le plaisir d'aboyer à pleine gueule .

 

Lorsque l'heure du repas approche, gourmand comme une poêle, il trimballe son écuelle, telles les casseroles derrière la voiture des jeunes mariés.

Comme une Star, il ne donnera pas son nom, il préfère l'anonymat, il a ses pudeurs. Le hasard aidant, au coin d'une rue de Paris, peut-être croiserez vous, une femme échevelée au bout d'une laisse, des sachets noirs pleins les poches, pour ramasser ses offrandes. Vous le reconnaîtrez !

 

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