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«  Ils s’avaient qu’écrire, ce seraient désormais s’aimer car ils n’avaient pas le droit de se côtoyer. Ils embrasseraient le papier comme ils brûlaient de s’embrasser, ils attendraient la distribution du courrier comme ils s’attendraient sur le quai d’une gare. Et le dernier train passé, il attendit encore. Mais elle ne vint jamais. « 

 

À chaque jour à la même heure, il attendait. Il attendait dans l'espoir de la revoir, ne fut-ce qu'un seul instant. Et ce moment furtif, qu'il garderait en mémoire toute son existence, le propulsait avec une passion folle vers l'éveil éveillé. Voilà pourquoi il ingurgitait des litres d'un exécrable café au goût de goudron surchauffé au soleil excessif. Il avait une âcreté à se faire vomir le cœur.

 

Les heures passèrent ainsi, interminables, se succédant inlassablement sans qu'il n'y puisse rien. Les jours se grisèrent du temps qui s'effilochait tel un vieux tissu sans rebord et lui de son éveilleur noir. Il ne pût que devenir dans l'impossibilité de les compter sur ses doigts.

 

Il attendit en vain. Un livre à la main, une page tournée l'une après l'autre sans qu'il en soit tout à fait conscient, une cigarette au coin de ses lèvres asséchées. Il les roulait comme un automate dans un vulgaire papier défraichit. Elles, immanquablement, lui brûlaient les poils grisonnants de sa moustache tombante. Lui, il jetait des regards circonspects sans pouvoir se contrôler. Et chaque jour, ils devenaient de moins en moins prudents, de plus en plus inquiets. Il avait maigri. Cela se voyait à son imper dans lequel, les jours de grisaille incertaine, il paraissait flotter.

 

Il se disait à tous bouts de champs, comme pour tromper sa peur, qu'elle allait passer sous peu. Il était certain qu'elle allait venir le rejoindre. Elle allait descendre, rayonnante lumière, de ce train tant attendu. Si elle n'était pas encore là, c’était une simple erreur de jour. Elle qui était tellement étourdie, avait du confondre le jour. Elle va arriver bientôt. C'est certain. Le prochain train sera le bon. La brunette défroissant sa robe fleurie se devait d'être bientôt devant lui. Un sourire angélique, des yeux d'une tendresse si profonde qu'ils fendent l'âme du plus grand des saints.

 

Le cœur serré, les doigts crispés sur les couvertures torturées du vieux livre jauni, il tentait encore et toujours de contenir ses doutes qui suintaient par ses pores dilatés d'excitation par l'attente fébrile. La chaleur du jour devenait accablante. Sa gorge se serrait au moindre mouvement sur le quai.

 

Pourtant, malgré toute la pureté de son désir éperdu, elle ne vint pas. Il avait attendu en vain.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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