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J’arrivais dans cette rue d’un pas décidé, alors qu’un orage aussi soudain qu’imprévu était en train d’éclater sur la ville. La pluie ajoutée aux bourrasques était si forte qu’en l’espace de quelques dizaines de secondes, sans parapluie, je fus trempé de la tête aux pieds. J’avais l’air malin, dégoulinant d’eau, d’entrer chez la fleuriste. Le temps de le dire et la pluie venait de cesser, laissant remonter du sol une légère vapeur d’eau due au soleil maintenant revenu ! Dès mon entrée, la commerçante me regarda avec des yeux exorbités !

 – Ça pleut, questionna-t-elle ?

 – Comme vous le voyez, je ne sors pas de dessous ma douche !

 – Je n’ai pas vu venir l’orage, osa-t-elle rajouter !

 – Moi non plus, rassurez-vous, sinon j’aurais pris un parapluie.

Trêve de plaisanteries, dis-je d’un air un peu maussade, je voudrais un bouquet de roses bleues, c’est pour cela que je me suis mouillé. À l’énoncé de ma demande, la fleuriste afficha un air de franche surprise. Elle n’avait pas cette couleur ! Je m’en doutais ! Pour une fois que l’idée m’était venue aussi facilement !

 – vous comprenez, ma femme ou plutôt ma maîtresse a les yeux bleus et elle adore cette couleur, même les murs du studio que je viens de lui offrir son tapissés en bleu ! Les draps, les rideaux, même ses sous-vêtements sont bleus ! Alors, vous comprenez…

 – je comprends bien, Monsieur, mais le bleu n’existe pas pour les roses, même les hybrides !

 – ce n’est pas forcément un bleu franc qu’il me faut, je pourrais me contenter d’un bleu pâle. Dans l’échelle des valeurs vous pourriez voir avec un bleu opaline et ça pourrait très bien faire l’affaire.

 – oui, je vois bien, mais cela reste bleu et que l’on prenne les choses dans n’importe quel sens on en revient toujours au même coloris !

La fleuriste commençait, je le voyais bien, à être un peu exaspérée par mon entêtement, c’est à cet instant qu’une jeune fille d’une dizaine d’années fit son entrée dans la boutique, tel un trublion ! Je compris vite qu’il s’agissait de la fille de la commerçante qui arrivait de l’école et qui après avoir posé son cartable derrière le comptoir vint m’aborder sous le regard à peine étonné de sa mère. En toute innocence et alors que bien sûr elle ne savait rien de l’état d’avancement de la transaction, elle me lança :

 – Bonjour Monsieur, vous voudriez acheter quelle fleur et n’attendant pas ma réponse, me dit : je suis sûr que vous aimez le bleu ! J’ai ce qu’il vous faut ! Ah, fis-je avec un sourire amusé, vous êtes sûre ? Je ne savais plus en la circonstance à quel jeu j’étais en train de jouer ? Celui de ne pas vexer la mère qui avait déjà usé pas mal sa patience avec moi, ou, faire plaisir à la gamine qui venait de se mettre en quête de mes désirs. La mère ne sachant de quelle manière intervenir, attendit le retour de sa fille en changeant pour un vase plus petit, des fleurs coupées, dont la courbure risquait de faire se briser leurs trop longues tiges.

La jeune fille venait de revenir toute fière brandissant à bout de bras un vase aussi bleu que les lys qui le garnissaient. Que pouvais-je dire, les fleurs étaient bleues ! La fleuriste, elle, me regardait d’un air questionneur. Elle devait bien se dire, que lui ayant cassé les pieds pendant tout ce temps pour finir par acheter autre chose que des roses, ce n’était pas possible ! J’allais certainement opter pour des roses d’une autre couleur a-t-elle dû penser !

La jeune fille, elle, commençait à sortir les fleurs une à une du vase aux fins d’en faire un bouquet. Elle faisait cela avec tellement de bonne volonté et de manière si professionnelle, que ni sa mère, ni moi n’avons osé la contredire. C’est ainsi que je repartais retrouver ma belle avec un énorme bouquet de fleurs. Inutile de dire que même si je l’avais souhaité, je n’eus pas l’accolade de la commerçante !

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