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Cette danse-là, elle ne se regarde pas… elle se vit. C’est comme cela que je l’ai découverte, il y a des années de cela, sur les trottoirs de Buenos-Aires et qu’elle allait donner un sens à ma vie. Sur un fond de musique lente, un couple, enlacé, se déplaçait voluptueusement tout en glissant sur l’asphalte de la placette. En toute innocence, je regardais cet homme, au regard provocateur, poser ses yeux de braise sur les courbures de sa danseuse. Leur manière de se déplacer, lascive, buste contre buste, comme lors d’une accolade, était, à elle seule, un mystère.

 

Comment pouvaient-ils garder l’équilibre et en même temps être aussi élégants ? Ils enchaînaient les figures des plus compliquées, le danseur semblant porter cette jolie femme aux yeux couleur opaline. Leurs jambes s’entremêlaient dans des postures complexes, sans jamais s’enchevêtrer, puis ils repartaient en pas chassés pour mieux revenir dans une succession de tours, demi-tours et pas latéraux.

 

Je les regardais depuis des heures, dans la douce vapeur de la nuit qui était tombée depuis longtemps quand, surgit de nulle part un homme aux cheveux noirs gominés, chemise noire, une rose bleue dans la bouche. Il se dirigeait vers les danseurs. Qu’allait faire ce trublion dans ce pur moment d’envoutement ?

 

Il dépassa le couple, et continua en se dirigeant vers moi, s’arrêtant pour m’offrir, un genou par terre, cette rose hybride. Il m’invitait à danser visiblement, mais je n’osais me lancer dans cette expérience bien que l’envie me titillait. Il insista et je me retrouvais, je ne sais comment, envoutée par la musique lancinante de la milonga, à danser dans les bras d’un parfait inconnu. Sur un bout de trottoir en Argentine, guidée seulement par le magnétisme de mon danseur, j’entrais dans le panthéon de la danse la plus sensuelle que je connaisse. Sur l’échelle de 0 à 10, le tango est à 10.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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