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La maison était maintenant vidée de son contenu. Les murs expurgés des nombreux cadres dont ils couvraient une grande partie de la surface et qui avait embelli un peu notre vie, en étaient devenus ternes et tristes, Alors, postées sur le trottoir d’en face, nous jetions une dernière fois un œil à cette maison qui nous avait vu vivre nos premières années et il me fallait bien reconnaître que mes yeux maintenant humides laissaient s’écouler quelques larmes le long de mes joues.

 

La main droite toute maigrichonne de Chloé, ma petite fille, tirait sur ma robe, tandis que l’autre se cramponnait à la mienne pour m’inciter à partir. Elle était maintenant devant moi et répétait : on y va, dit… on y va… on y va… on y va… comme un mainate. À quoi voulait-elle en venir du haut de ses quatre ans ? Elle ne voulait plus voir ? Je percevais dans son regard un je ne sais quoi d’inquiétude, mainte fois perçu chez elle. Depuis que j’avais reçu l’avis d’expulsion et qu’elle avait compris mes problèmes, car elle comprenait tout, même quelque fois l’indicible. Des différents courriers que je pouvais recevoir elle faisait bien la différence entre, une enveloppe émanant d’un mailing publicitaire et celle d’un courrier plus officiel venant d’une administration.

 

Maintenir ma présence ici devenait inutile et comme je ne voulais pas avoir maille à partir avec le propriétaire, nous quittions les lieux. J’étais paradoxalement soulagée de toutes ces contraintes, alors que pourtant la vie qui m’attendait dans mon nouvel appartement n’était pas plus gaie et à ce coup-ci je n’avais même pas de jardin à pouvoir fleurir. Au moins dans la tourmente des jours sans joie, l’occupation que procurait la maintenance en état d’un jardin libérait un tant soit peu l’esprit des soucis quotidiens.

 

Nous arrivâmes toutes les deux devant notre nouvelle demeure…une tour de dix étages. Je n’avais jamais, depuis que nous étions dans ce logement, il y a de cela quelques jours, regardé vers le haut pour y voir notre balcon au septième. Chloé voulut que je la monte sur mes épaules, prétendant qu’elle pourrait mieux voir. Quand je lui demandais ce qu’elle voulait voir, elle me répondit : je sais pas…si, des fleurs ! La seule chose qu’elle aurait pu voir était la maie remplie de jouets qui n’avait toujours pas trouvé sa place dans cet appartement trop petit.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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