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Ce matin-là, j’arrivais en retard à mon boulot : panne de réveil après ingestion d’un plat de champignons particulièrement goûteux que j’avais cueillis moi-même dans les bois proches de ma maison. « Allez Guillaume, dépêche-toi d’aller au 6ème, ils ont des soucis de boîte mail ! » aboya ma chef, vêtue d’un charmant tutu rose, à peine avais-je mis un pied dans notre bureau. L’esprit encore embrumé, j’attrapais ma mallette et je fonçais vers l’ascenseur. Je m’occupe de la maintenance informatique dans une grosse société ; c’est un bon job dans lequel je jouis d’une certaine liberté de mouvements car nos locaux sont disséminés sur plusieurs sites, ce qui me permet d’échapper à la surveillance de la redoutable maigrichonne à la tête  de mon service, Aglaé. Cette harpie semble prendre plaisir à maintenir ses troupes dans la servitude la plus abjecte ; je suis l’un des rares à faire encore de la résistance. A maintes reprises, elle m’a tendu des pièges ; par chance, je suis toujours passé à travers les mailles du filet.

Enfin bref, j’arrivais au sixième étage, celui de la Direction, et me dirigeais vers le bureau de Fabien, le Directeur Commercial. Je levais la main pour toquer à sa porte, quand celle-ci s’ouvrit violemment. Blanche, en larmes, me bouscula et sortit en trombe. Allons bon, je tombais en plein drame.

 

-       Bonjour Fabien, il paraît que tu as des problèmes avec ta boîte mail ?

 

Rouge, visiblement en pétard, Fabien me toisa :

 

-       Cette idiote est tout juste capable d’envoyer un mailing. Il ne faut pas lui parler de relancer ensuite, c’est trop élaboré pour sa petite cervelle ! Ouais, j’ai un problème, et un gros : je ne reçois pas tous les mails qui me sont envoyés ! Notre avocat Maître Chanteperdrix m’a envoyé vendredi dernier ses conclusions sur le dossier A2O : pas reçues, et c’est fâcheux car elles sont défavorables et j’avais des actions à entreprendre dès lundi. Notre client Adedis m’a expédié un mail retoquant notre candidature à un important appel d’offres : jamais vu. Et j’en ai 4 ou 5 comme cela, que je n’ai jamais reçus. Alors, débrouille-toi comme tu veux, mais il me faut mes mails ! Bon, je te laisse, je pars en Norvège. A mon retour, dans une heure, j’espère pour toi que tout sera rentré dans l’ordre !

 

Demeuré seul, je m’assis commodément sur la maie devant son bureau et me connectais sur la boîte mail de ce charmant jeune homme. Quand je tapais sur « entrée », une lumière éblouissante jaillit dans la pièce, et je ressentis une douleur comparable à un coup de poing à la tempe. Je me retrouvais tout à coup dans un univers étrange, vert comme le fond d’un aquarium, une sorte de jungle où les arbres auraient été remplacés par des fleurs gigantesques. Des insectes semblables à des trombones voletaient ça et là, minuscules et brillants : non, pas semblables, c’étaient des trombones, de vrais trombones de bureau, format 2.5 cm ! Je baissais brusquement la tête pour éviter une grosse branche ; une voix s’éleva dans les nues, criarde et dotée d’un fort accent sud-américain, tandis qu’une ombre démesurée envahissait le ciel :

 

-       Oui petit homme, c’est bien, prosterne-toi devant le Grand Mainate ! Le Grand Mainate déteste les mauvaises nouvelles, le Grand Mainate hait les mauvaises nouvelles, le Grand Mainate les supprime, les anéantit, les pulvérise !

 

-       Ô Grand Mainate, c’est donc toi qui as fait disparaître les mails de la boîte de Fabien ?

 

-       Oui petit homme, c’est bien moi, le Grand Mainate ! Je me suis occupé de toutes les boîtes mails de toute la société, plus jamais personne ne recevra de mail triste ou négatif, plus jamais !

 

-       Ô Grand Mainate, ce n’est pas possible, nous ne pourrons pas continuer à travailler si nous ne recevons pas les informations !

 

-       Quoi ! Tu oses te rebeller, petit homme ! WAOOUUUHHHHHHH !!!!!

 

Aahh ! Je reçus de plein fouet le son discordant, me redressais dans mon lit, trempé de sueur, et me jetais sur le radio-réveil où Yoko Ono hurlait « We’re all water ».

 

La prochaine fois que j’aurai une envie de champignons, je les achèterai au marché…

 

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