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Depuis  ½ heure je me retenais de bâiller, bref, je m’ennuyais ferme. Aucun moyen de me concentrer.

 

Tout avait pourtant bien commencé. Mais lors d’un asana de méditation particulièrement long, je me pris alors à observer les yogistes. A ma droite, une vieille femme tenait sa posture sans sourciller. Tiré par un chignon poivre et sel, son front ne bougeait pas d’une ride, laissant apparaitre en-dessous, un nez busqué comme le bec d’un oiseau de proie. Sous des pommettes hautes et saillantes, ses yeux, fixés vers un horizon fictif, avaient cette couleur indéfinissable entre l’ambre et l’agate. Sa bouche, très fine, aux lèvres décolorées était pincée, ne laissant passer qu’un léger souffle d’air. Sous la peau diaphane de son cou décharné, des veines bleuâtres battaient lentement. De ses épaules bien droites tirant son corps vers le haut, s’échappaient des bras squelettiques, suivis par des mains fripées aussi maigres. Celles-ci, posées sur des genoux cagneux, étaient tournées vers le ciel.

 

L’asana suivant me permit de regarder mon voisin de gauche. Contraste saisissant : peu de cheveux sur un crâne luisant, un cou massif de taureau et des épaules larges comme un camionneur. Son visage de profil, quant à lui, montrait un front haut et large, un sourcil gauche hirsute, surplombait une paupière tombante sur un œil globuleux. Je devinais à peine une petite bouche dure, cachée derrière des bajoues et un double menton. Ses épaules se soulevaient à la cadence d’un souffle fort et puissant, sortant d’une poitrine colossale. Son énorme bras velu retenait son corps trapu vers l’arrière.

 

Avec un nouveau changement de position, la posture du cobra, je me retrouvais juste en face de ma copine Karine, celle-là même qui m’avait forcé à l’accompagner. Pour une fois, elle ne s’était  pas maquillée. Son chignon coiffé/décoiffé, comme elle dit, était plutôt décoiffé. Ses boucles blondes venaient tirebouchonner en désordre autour de ses oreilles rougies par l’effort de l’exercice et ses joues étaient également bien colorées. Je la regardais dans les yeux, un bleu tirant sur le gris quand elle me fit un clin d’œil : encouragement ou consternation ?  Je m’écroulais alors à plat ventre, retenant à peine un fou rire incontrôlable au grand désespoir du professeur qui me fit les gros yeux.

 

Et voilà comment, incapable de concentration mais dotée d’un bon pouvoir d’observation, j’avais massacré ma première séance de yoga.

 

Tag(s) : #Textes des auteurs
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