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'' Durant les jours suivant, elle s'acquitta de ses tâches quotidiennes à la façon d'une somnambule. Le silence dans la maison où se pressaient les souvenirs, se révélait insoutenable. ''

Pourquoi était-Elle restée alors que toutes les autres s’étaient enfuies ? Qu'attendait-Elle dans cet endroit lugubre ?

Dehors aucune brise légère qui aurait envolé quelques feuilles des arbres du jardin. Qui aurait courbé délicatement les hautes fleurs colorées de la terrasse. Frémissant au passage l'eau claire du bassin aux poissons.

Tout semblait lamentablement figé à l'extérieur comme dans la maison. C'est pourquoi Elle sursauta soudain, aux miaulements sauvages de deux chats errant qui s'affrontaient derrière la baie vitrée.

Toutes les filles avaient voté pour Elle, la désignant pour faire justice. Comment cette frêle jeune fille allait-elle exécuter la sentence final ? A vrais dire ça ne l'inquiétait pas. Le moment venu Elle agirait au mieux pour que la barbarie cesse définitivement. Son calme, sa patience et son endurance étaient sa force. Et même si Elle devait y perdre la vie, son geôlier mourait aussi. Elle allait se sacrifier pour enfin briser les chaînes.

Peut-être avait-Elle été heureuse dans un lointain passé. Aujourd'hui sa mémoire embué avait perdu les sons de l'enfance, les odeurs familiales et les images d'une quelconque vie antérieure. Trop longtemps soumise à ce calvaire, Elle s'était robotisée pour survivre, pas d'hier, pas de demain, seul maintenant comptait toujours dans l'urgence.

Elle longea le couloir où plusieurs paires de menotte au bout de chaînes attachées aux radiateurs, traînaient sur le sol. Les portes des chambres restées entrouverte lui renvoyaient les tourments de ses treize années d'enfermement. Les larmes de la peur aux cris d'espoir et aux lamentations de résignation.

Elle était la plus ancienne, à peine vingt ans. La plus jeune n'avait que sept ans, son age lors de son arrivée au pavillon.

Un pavillon coquet, insonorisé et hermétique. Un parc soigneusement entretenu. Au fond un hangar abritant deux voitures. En dessous, un profond sous-sol, l'antre du démon.

Un couple d'une quarantaine d'années. Aimable et souriant, ressemblant à tout le monde.

Deux enfants, un garçonnet de trois ans et une fillette de dix ans. Toujours riant, s'amusant sur la balançoire, dans le bac à sable, sur le toboggan, dans la piscine.

Pourtant à quelques mètres d'eux, le viol, les coups et les tortures.

Les jeunes victimes étaient innocemment interpellé et attiré dans un véhicule familiale, pour indiquer une école, un magasin de jouets, une boulangerie et même une église. Assis à leurs côtés des enfants endormis, appât combien rassurant.

Tout allait très vite, les nouvelles proies chloroformé se réveillaient en chaînées, dénudées, effrayées. Et les années défilaient interminable, sous terre.

De temps en temps un privilège offrait de remonter à la surface, pour des soirées enivré regroupant des relations de prédateurs.

Pauvres pantins, fragiles petites choses vomissant cette cruelle réalité inhumaine. Lorsque vomissant sur ces messieurs dames, un instant, on les isolaient dans la salle de bain. Une nuit, sur une commode, un objet scintillant, un oubli décisif.

C'est en rampant, pour ne pas faire de bruit, qu'Elle s'approcha de la commode. Elle tendit lentement un bras vers le haut et d'une main tremblante se saisi de l'objet. Sortant de la salle de bain Elle croisa les convives qui partaient en riant, frôlant même le maître de maison qui lança à son épouse :

- Élisabeth, je raccompagne des amis ! Et la porte d'entrée se referma.

Sans réfléchir, Elle pénétra dans le salon en désordre. D'un pas décidé se dirigea vers l'épouse et lui planta profondément la pointe du ciseau dans la gorge.

La femme recula portant les mains à son cou. Elle réussit à extraire l'arme et son sang éclaboussa sa somptueuse robe de soie blanche. Elle trébucha et se raccrocha à un guéridon entraînant dans sa chute une lampe en cristal. Étalée sur le sol, les yeux agars.

La jeune fille la fixait froidement, réalisant soudain son geste désespéré. Mais sans perdre de temps, Elle se précipita dans le hall, se saisi du trousseau de clés. Elle traversa le parc en trébuchant par deux fois. Entra en trombe dans le hangar. Et descendit à la hâte l'escalier en pierre.

Elle libéra toutes les filles, une dizaine, leur disant à chacune :

- Vas à la police !

Restée seule, Elle retourna dans la maison. Elle alla ramasser le ciseau ensanglanté et monta l'escalier pour entrer dans la chambre des enfants, sans doute drogué vu leur lourd sommeil. Dans la demie- pénombre, la clarté de la lune filtrait à travers les carreaux de la fenêtre.

Laissant la porte entrouverte, Elle se recroquevilla derrière.

Une demi-heure plus tard.

- Élisabeth ! Je suis rentré. Tout le monde était satisfait, encore une soirée réussi.

Pénétrant jovial dans le salon, il s'arrêta net et poussa un cri d’effroi. Ressortant précipitamment, il inspecta d'un rapide coup d’œil l'environnement. Puis se précipita dans l'escalier resté allumé vers la chambre de ses enfants où la porte était entrebâillée.

Le ciseau pointé en l'air prête à se défendre, Elle sentit le regard de son tortionnaire, à la carrure imposante se dresser devant Elle, armé d'un revolver.

Pas de détonation. Il cria en se débattant. Parce que les captives qui ne s'étaient pas toutes enfuies le poignardait à tour de rôle. Enfin, son corps tomba lourdement sur le plancher dans une mare de sang.

Les filles s'approchèrent d'Elle et se blottirent côte à côte.

Au loin retentissait la sirène de la police.

Le petit garçon et sa sœur dormaient toujours d'un sommeil innocent.

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