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Durant les jours suivants, elle s’acquitta de ses tâches quotidiennes à la façon d’un somnambule. Le silence dans la maison où se pressaient les souvenirs, se révélait insoutenable.

 

Elle ère donc ainsi de pièce en pièce, guettant le moindre rire, le moindre soupir, le moindre craquement du plancher à l’étage.  Un regard de temps à autre au plafond, comme si une effervescence soudaine allait tomber du ciel.

Elle commence sa ronde journalière. D’abord la cuisine, comme chaque matin au réveil. Elle grignote quelques restes et boit un coup puis, comme après chaque repas, aussi frugal soit-il, elle se rend aux toilettes, se soulage tout en grattant le sol machinalement. Un détour par la salle de bain qui est la pièce suivante donnant sur le couloir. Toujours suivre les mêmes étapes, comme une processionnaire suit toujours le même fil de circulation. Elle s’arrête devant la porte entrebâillée. Pas de bruit d’eau qui coule, d’éclaboussure dû à la douche empressée du matin, rien qu’une autre pièce vide, sombre et imprégnée de l’odeur âcre dispensé par le sèche-serviette électrique resté en route depuis plusieurs jours.

Elle tourne la tête vers la porte d’entrée, espérant voir apparaître un sourire ami, surprendre le pas précipité de l’enfant entrant en trombe pour la serrer dans ses bras, comme à chaque retour d’école. Rien que l’écho vide du silence qui a emménagé dans la maisonnée.

Quelques pas et elle entre dans le salon. Comme à son habitude, elle va d’abord saluer les plantes, sentir les fleurs, jeter un regard distrait aux poissons de l’aquarium qui commence à avoir besoin d’un nettoyage. Elle s’installe sur le canapé, fixe un moment l’écran de télévision éteint et morne, comme tout ce qui l’entoure désormais.

Elle se tourne vers la fenêtre. Dehors, les gens circulent, s’abordent, vivent.

Elle pousse un soupir. Quoi d’amusant d’investir ce siège si on ne peut pas pousser ses occupants pour se faire une place ? Où sont passés les attraits qui la réjouissait dans cette maison ? Elle se relève et se dirige vers les escaliers, non sans se frotter langoureusement contre les rideaux de la porte-fenêtre.

Elle grimpe lentement, marche après marche, reste aux aguets du moindre signe d’activité. Un aller et retour dans chaque chambre et toujours la même évidence.

Plus rien ne viendra désormais troubler la sombre quiétude des lieux.

Ils sont tous partis dans un même élan joyeux, la laissant là aux bons soins d’une voisine, comme chaque été. Mais chaque journée semble un peu plus longue, seulement ponctuée par le service minimum de cette riveraine qu’elle n’a jamais apprécié et qui, d’ailleurs, ne lui accorde pas plus d’égard que de la nourrir et l’abreuver.

Un temps infini à venir, sans caresses, sans gratouillis, sans victuailles à chaparder, sans course-poursuite à travers la maison.

Lola, la chatte des Martins, commence sa dépression estivale, affalée sur un des pouf du salon.

 

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