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Durant les jours suivants, elle s'acquitté des tâches quotidiennes à la façon d'une somnambule. Le silence dans la maison où se pressaient les souvenirs se révélait insoutenable.

A chaque fin de vacances, c'était la même chose : le jour du départ elle se sentait quelque peu soulagée. Finies les responsabilités, les parents reprenaient la main ; finis les ravitaillements titanesques – chariots pleins à traîner dans les allées de la grande surface, cabas à roulettes zigzaguant entre les étals du marché ; finis les casse-tête des menus à établir pour trouver le meilleur compromis entre les goûts de chacun ; finie la course au linge et aux vêtements éparpillés un peu partout.

Cela, c'était le premier jour, lorsque la fatigue prenait le dessus. Mais dès le lendemain, elle se sentait en manque – manque de cris, de bisous, de pleurs, de rires, de chahuts, de tout ce qui faisait la vie, quoi ! Ce matin, elle réalise combien ils sont précieux : Nathan, le benjamin de la tribu, bientôt cinq ans, des cheveux d'or bouclés, un léger zézaiement qui la faisait fondre, Pauline, la sérieuse, la réfléchie, d'une maturité surprenante pour ses douze ans, les jumeaux Robin et Yvan, toujours en mouvement, toujours en bagarre, mais toujours prêts aussi à porter les paniers trop lourds, à vider la poubelle, à la chahuter aussi : "Allons, Mamie, ne fais pas ta mémé…", et puis Flora – peut-être sa préférée (mais, chut ! ça ne se dit pas !), avec qui elle passait des heures à parler du passer – son passé à elle, et de l'avenir – celui de Flora.

C'était la vie quand ils étaient tous là, les parents partis aux quatre coins du monde. Ils étaient tout à elle, elle se sentait plus mère que grand'mère

Mais qu'est-ce qui lui a pris de décréter cette fois que c'était fini, qu'elle était maintenant trop âgée pour tous les recevoir en vacances, que le bruit la fatiguait, qu'elle n'avait plus la force et qu'elle en avait assez qu'on la prenne pour une monitrice de colo ?

Elle avait dit cela sous l'emprise de la colère, parce que les parents étaient venus rechercher leur progéniture sans un mot de remerciement, sans un geste de gratitude. Ils les déposaient là début juillet et attendaient les tout premiers jours de septembre pour les récupérer. Alors, oui, elle avait "pété les plombs" comme ils disaient, les jeunes.

Et maintenant qu'est-ce qu'elle allait faire de sa vie qui ne serait plus désormais rythmée que par le tic-tac de l'horloge ? du calendrier où elle cochait bien à l'avance les périodes de vacances scolaires ?

 Que lui resterait-il désormais à attendre ?

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