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Du fond de mes yeux de petit garçon, je voyais scintiller une aura au-dessus de la tête de mon père, comme cela doit souvent se présenter dans les yeux d'un jeune fils. Mon père n'était pas n'importe qui et, avant de parler plus particulièrement de moi, je vais brosser un petit aperçu de son histoire si marquante et de l'influence qu'il a pu exercer sur moi :

            Étant enfant, j'étais monstrueusement impressionné par la science de mon père et, surtout par la précocité de sa prédisposition d'expérimentateur singulier autant que ludique.

            Je ne me lassais pas de l'entendre parler de ses exploits de jeunesse, et le questionnais sans cesse également sur le pourquoi du comment, toutes choses semblaient obéir à des principes si peu ordinaires ou raisonnables qu'ils ne pouvaient êtres réellement éternels ni absolus ; comment toutes ces choses pouvaient aussi nous entraîner si loin de notre havre... Et comment, d'un point de vue pratique, je pourrais faire les mêmes conneries que lui.

            Et puis! Il y a ses stigmates, preuves indubitables de son héroïsme sacré, son certificat de "Sale môme", son diplôme d'enfant terrible et terrifiant, de "pirate des hautes sphères de la connaissance", "d'apprenti sorcier émérite", son titre de fouineur intrépide et dangereux : Ses cinq demi doigts manquants à la main droite ; même pas une connerie de gamin : Il avait déjà vingt ans lorsqu'il a réduit ces cinq doigts à l'état de moignons en s'amusant avec un perchlorate de diazoïque (un explosif extrêmement sensible et puissant) qui ne s'égouttait pas assez rapidement à travers le filtre à café (c'est ce qui l'a amené à presser le dit filtre avec sa main). Ce qui plaisait tant à mon père et à ses compères chez ce produit c'était qu'il explosait particulièrement bruyamment. D'ailleurs, le copain qui se trouvait à côté de mon père lorsqu'il s'est fait péter la main s'est retrouvé sourd durant les quelques semaines qui ont suivies.

            D'autres anecdotes plus anciennes font état des dispositions précoces de mon Papa à moi.

            Après un tel enthousiasme juvénile, mon père a fait de bonnes études et, c'est retrouvé logiquement employé par le CNRS en tant qu'ingénieur de recherche.

            Enfant, je voulais naturellement devenir un "grand savant comme Papa!"

            J'étais beaucoup moins doué que lui, néanmoins, je n'ai pas trop envie de m'épancher sur mes échecs, je préfère ici, relater l'une de mes rares réussites et hors du domaine de la chimie, mon amour-propre le souffrira mieux :

            Mes frères et soeurs et moi-même affectionnions particulièrement "le sirop de la rue" ; nos terrains de jeux favoris étaient un fort militaire à demi abandonné, des maisons complètements abandonnées, des terrains-vagues...... Ce fut dans le terrain-vague (le premier, devant chez nous!) que nous avions fait la connaissance de quelques clochards qui sont naturellement devenus nos plus fiers amis (J'ai eu beaucoup de potes "zonards" comme ça au cours de ma vie). Un jour, l'un d'eux qui avait eu vent de mes compétences en électronique, me fit le cadeau d'un magnifique poste à transistors à trois sous.

             Ce poste de radio, il ne fonctionnait déjà plus lorsque son collègue, bourré comme une huître, l'avait projeté à terre de désespoir et avec une telle fureur que la plaque de circuit imprimé elle-même s'était cassée sous le choc.

            Je suis rentré à la maison avec mon trésor ; je savais au moins par où je devais commencer : Il fallait refaire les connections partout où la carte imprimée s'était rompue. J'ai pu me munir du poste à soudure, cadeau de mon père et, y aller pour rétablir les ponts coupés.

            Une fois les connexions apparemment biens refaites, le poste ne fonctionnait toujours pas ; ce n'était pas étonnant puisque c'était déjà le cas avant la colère de notre zonard.

            Arrivé à ce point crucial, j'avais assurément besoin de l'aide de mon père :

            Mon père m'a expliqué que l'origine la plus probable de la panne était qu'un des transistors avait grillé et, il m'a conseillé de dessouder un à un les six ou sept transistors du poste afin de les tester. Il m'a expliqué dans la foulée comment on vérifiait ce composant. Fort de tous ces renseignements, je suis retourné dans ma chambre mettre à profit mon savoir nouvellement acquis. J'ai commencé par dessouder un transistor au hasard et à l'éprouver. Pile! Il répondait : "Niet!" ; je fonçais rejoindre mon père avec, au creux de ma mains, ce tout petit transistor, probablement à l'origine du disfonctionnement de l'appareil de mon clochard.

            Mon père traversait à cette époque une grave phase de doute religieux mais, confronté à ma baraqua, il a dû admettre qu'il devait y avoir au moins un bon dieu pour les apprentis bidouilleurs, si le premier composant démonté était bien la brebis galeuse. Il a fouillé dans son bazar de bricolage et, m'a dégotté un transistor de caractéristiques proches de ma pièce défunte.

            J'osais à peine espérer que la solution de mon problème se trouvait déjà dans ma petite main d'enfant ; j'avais essuyé une pléiade d'échecs avec l'électricité et l'électronique. Combien de projets modérément farfelus m'ont appris que le principe de réalité était le grand adversaire des doux rêveurs...

            Et ensuite, lorsque j'ai entendu le poste d'abord grésiller puis, mieux réglé, diffuser des voix et de la musique en chevrotant, j'ai éprouvé la joie de l'enfant qui sent pousser l'adulte en lui ; souvenir merveilleusement inoubliable.

 

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