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Ah ! si le Père Noël pouvait m'exaucer… Depuis que j'avais envoyé ma lettre – aidée par mes parents à qui je l'avais dictée – je bouillais d'impatience. Je les harcelais : "Vous croyez qu'il va me l'apporter ?" Eux me faisaient languir, me répondaient évasivement.

 Les jours ne passaient pas assez vite. Enfant solitaire, dans une famille peu encline aux festivités, en général je n'attendais pas Noël avec tant de fièvre. D'ailleurs, à la maison, pas de sapin, pas de guirlandes, pas de grands repas de famille… c'était presque un jour comme les autres. Mais cette année-là, j'avais fixé mon dévolu sur un jouet exposé en devanture du seul magasin du village – épicerie-mercerie-quincaillerie. Tous les jours, quand maman m'accompagnait à l'école maternelle, je passais devant, tremblant de ne plus la voir, ce qui aurait signifié qu'elle faisait les délices de quelqu'un d'autre et que le Père Noël s'était fait distancer…

 Et puis nous y voilà : c'est le matin du 25 décembre, je me précipite dans la salle à manger : un gros paquet est posé sur la table. "Maman ! Papa ! Venez voir !".

 Je défais le papier en tremblant, est-ce bien ça ? Mon cœur fait des bonds. Et je LA vois. Une épicerie miniature avec ses étagères remplies de petits bocaux de verre – café, chicorée, lentilles -, de boîtes factices – Banania, Phoscao, Pâtes Lustucru-, un comptoir sur lequel sont posées une balance miniature et une petite caisse enregistreuse, des tiroirs peints en bleu que je manie avec précaution. J'en avais tant rêvé…

 "Viens prendre ton petit déjeuner, et puis couvre-toi, tu vas attraper froid", c'est Maman, toujours inquiète.

 Mais non, je veux tout de suite être la marchande, accueillir les clients virtuels, peser les légumes de plastique – bottes de poireaux vert vif, carottes orange foncé – rendre la monnaie. Vivement la rentrée des classes, je pourrai recevoir mes copines, elles seront les clientes pour de bon.

 D'autres Noëls ont passé, ma croyance dans le Père Noël aussi. Je n'ai jamais plus ressenti un bonheur comparable à celui de ce matin-là.

 Mais je vous parle d'un temps où les jeux vidéo, les tablettes, les téléphones portables  n'existaient pas, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître

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