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Par une triste matinée d'automne*, sur l'asphalte d'une rue animée de la capitale, un homme, la trentaine, gisait sur le sol. Son visage portait les stigmates d'une vie malheureuse, ses yeux étaient fermés et sa bouche grand ouverte semblait imiter le cri d’Edvard Munch, son pied* gauche portait une chaussette rouge et l'autre, c'est-à-dire le pied droit, une chaussette noire ou peut-être même bleue d'un bleu* très foncé, signée Lacoste, mais garnie d'une bonne dizaine de petits trous, enfin l'on ne peut avoir tout à la fois ! Sa tête reposait sur des morceaux de moquette* formant ainsi un oreiller pas très confortable mais originale. Sa main droite était coincée entre sa jambe droite et le sol, sa main gauche posée délicatement sur sa poitrine semblait tout d'abord gantée, puis à bien voir, l'on s'apercevait qu'elle était couverte d'un pansement de sparadrap*.

Certains passants changeaient de trottoir pour éviter l'homme, d'autres fronçaient les sourcils* en murmurant dans leur barbe «  Il ferait mieux d'aller chercher un boulot !» Les autres encore, on pourrait les classer en deux catégories : la catégorie de ceux qui croyaient l'homme mort, mais semblaient dire sournoisement des yeux «Mais non l'homme dort profondément ! » cela pour bien jouir de l'indifférence car l'indifférence est d'une certaine manière une vertu puisqu'elle empêche de mettre le nez dans les affaires d’autrui. Et finalement il y a ceux qui ne changeaient pas de trottoir, mais qui gardaient la tête haute et les yeux fixés sur un affichage* publicitaire fictif, ceux-là accéléraient le pas et disparaissaient vite dans la prochaine rue.

Quant au lecteur qui dirait : « Et ton narrateur à quelle catégorie de gens appartient-il, lui ? » Je vous jure que mon narrateur n'appartient ni à l'une ni à l'autre des catégories qu'il a citées, puisqu'il est la statue de la rue du dormeur, une statue d'un cuivre* plus pur que celui de la casserole* qu'utilisait autrefois ma très chère défunte grand-mère maternelle pour cuire du sucre et des fruits.

Et comme vous le savait bien, écrivain et narrateur ne sont pas synonymes* puis qu'en ce moment même la statue de cuivre m'en veut de lui avoir coupé la parole et laissé son histoire en suspension.

Vers dix heures de cette triste matinée, l'homme se réveilla, il ignora complètement les passants, rangea les morceaux de moquette au pied d'une statue en cuivre (ou devant mes pieds si vous voulez), se gratta le dos contre la main tendue de la statue, donna une tape amicale sur l'épaule de la même statue te se mêla joyeusement et sans rancune à la foule.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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