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Le mois dernier, je lui ai joué un mauvais tour. Un matin au réveil, je lui ai fait la longue liste de mes doléances, comme un journal, celui de mes défaillances, de mes trous de mémoire. J’ai bien vu que cela l’agaçait, avec son soupir déplacé. Moi, ça fait plusieurs mois, voire plusieurs années, qu’elle me fait ingurgiter des milliers d'informations, qu’elle me confie ses secrets, qu’elle me sollicite en permanence. J’avais décidé d’agiter le chiffon rouge du surmenage, de  l’indigestion. Ca ne pouvait plus durer. D’accord, elle me fait voyager, elle me tient au courant de tout ce qui se passe dans son entourage, me bichonne, me caresse de ses doigts aux ongles rouge vermillon, et tant que je vais bien, c’est un véritable délice.

Ce jour-là, après qu’elle ait lu mon check-up, elle n’en a pas vraiment tenu compte, et m’a obligé à continuer. J’ai travaillé presque toute la journée, dans le brouillard, une espèce de crachin qui m’a enveloppé jusqu’à ce que je tousse, j’éructe et qu’un écran noirâtre vienne obscurcir sa vision. Elle a eu comme un sursaut d’indignation. « Ah non, alors tu ne vas pas me faire ça, pas maintenant, je n’ai pas fini. Reste encore avec moi ! ». Mais là, non ! Je n’en pouvais plus, ma mémoire défaillante ne me permettait plus d’accéder aux confins de mon cerveau ralenti par je ne sais quel virus. J'ai fait la sourde oreille. Je me suis assoupi, lentement, en rêvant que j’allais enfin me reposer sous la ramure de l’olivier du jardin.

 

C’était mal la connaître. Elle enrageait que je ne puisse plus l’accompagner, je l’entendais encore râler, tempêter. Bien décidé à me réveiller, elle me secoua sans ménagement, je l’entendis me soulever, puis me déposer sous l’auvent de la maison. Mais non, l’air frais n’y ferait rien ! Je fermais alors les yeux pour un long voyage… pour me réveiller quelques semaines plus tard, sous une lumière aveuglante,  au milieu de petits copeaux d’acier, ma carte mère, mes disques durs et ma carte graphique étalés à côté de moi, des fils et des tuyaux reliés à une grosse machine juste à côté de moi. J’étais sur la table d’opération d’un docteur en ordinateur. Il m’a boosté, m’a rallongé ma mémoire vive, m’a fait la grande révision de mes 40 Go et m’a redonné l’envie d’être à nouveau parmi vous, à l’écoute des nouveaux tubes qui traînent sur Internet, à la découverte des posts, des twits et autres messages.

Tag(s) : #Textes des auteurs
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