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Quitte cette boîte des yeux, lève-toi, pars

 

Marie lâche des yeux l'urne à pensées aux feuilles mordorées. Elle salue le cyberkapo éberlué en priant pour que ses jambes flageolantes ne la trahissent pas et retourne vers son Eolécycle qu'elle a arrimé pour plus de sécurité à l'autre bout du quartier.

Ne ris pas, ne pleure pas, trouve n'importe quoi mais calme toi!

 

"Quand on partait de bon matin, quand on partait sur les chemins,

A bicyclette

Nous étions quelques bons copains, Y avait Fernand, y avait Firmin

Y avait Francis et et et.....

Marie sent presque battre la veine sur sa tempe, la migraine menace de lui exploser la tête, et parallèlement mais indéniablement elle se sent prête à étouffer d'un rire nerveux et soulagé: la peur devant le cyberkapo et sa  tête devant cette urne vide, c'est trop cette pression: Comme d'habitude elle butte sur ces derniers prénoms. Merlin, Séraphin, Colette? Rien à faire, ça ne revient pas.

Elle se répète la recette de son grand-père: ne pas surfer sur les idées mais les chanter, ne pas zapper mais réciter en rythme, un mot après l'autre, pas trop, souvent les mêmes, qu'ils reviennent, s'enchaînent, s'entraînent: " la ronde des mots calment le tempo, soignent les bobos et trompent le cyberkapo" répétait son grand père.

Les chansons faisaient partie de la panoplie du parfait résistant développée par sa famille: c'était même leur plus belle réussite: les cyber-kapos ne se méfiaient pas de la musique: Selon eux au contraire,  elle contribuait parfaitement à l'abrutissement des masses: qui n'a jamais succombé à une musique entraînante? qui n'a jamais remué le derrière sur des rythmes endiablés, qui ne s'est pas vidé la tête, une fois, sur des basses assourdissantes, sans écouter ni comprendre les textes du dernier tube si stylé?: personne ne pouvait vraiment jeter la première pierre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, le résultat était là: les chansons n'étaient pas prises au sérieux par les gouvernants et leurs domestiques assermentés et encapuchonnés et étaient donc devenu le véhicule principal des messages de résistance.

"Quand on partait de bon matin, y avait Fernand, y avait Firmin"

Marie fredonne, butte encore sur le prénom manquant.  La peur toujours là, le manque de concentration et le besoin de rire, et cette chanson aussi,  fraîche mais désuète,  sans résonnance pour les habitants des cités venteuses de la Mer du Nord qui ont remplacé depuis longtemps les bicyclettes par des Eolécycles.

Choisis en une autre, c'est pas si grave, les chansons flonflons t'en connais des tas

 

 "Tu sais qu'il y a un bateau qui mène au pays des rêves,

Là-bas où il fait chaud, où le ciel n'a pas son pareil

Tu sais qu'au bout de cette terre, oui les gens sèment,

Des milliers de graines de joie où pousse ici la haine"...........

 

 

Apparemment ça marche. Marie se sent mieux, elle sent les battements désordonnés de son cœur ralentir, elle sent son rire nerveux retourner au fond de sa gorge, il ne reste que la grimace de surprise du cyberkapo. Son Eolécylce l'attend, il n'y a personne aux alentours, elle le détache, s'y installe. Les pales se mettent à tourner lentement, pour cette fois elle est sauve:

 

« Quand on partait de bon matin quand on partait sur les chemins

A bicyclette

Nous étions quelques bons copains, Y avait Fernand, y avait Firmin

Y avait Francis et Sébastien, et puis Paulette

Tag(s) : #Textes des auteurs
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