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Ses yeux sont petits, noirs et brillants; des traits fins se dessinent à leurs coins lorsqu'il sourit. Au-dessus de son regard, sur le front, il porte une croix tatouée, d'un bleu d'encre de Chine vieillie. Il peut être aussi bon que mauvais et personne ne l'apprivoisera plus.

Sa main gauche est également tatouée a l'encre, des points, des traits, des symboles intimes; on ne voit qu'elle quand il fume nerveusement sa roulée ou une blonde taxée par ci ou par là.

Ce qui ne frappe pas immédiatement c'est qu'il est plutôt petit, ses déplacements ne laisse pas le temps de remarquer sa taille.

En parlant il frôle son interlocuteur et tourne, sautille presque, autour de lui. Il a toujours quelque chose à dire, il est avenant, et si il finit une ultime phrase, il cherche un instant, peut-être quelque chose à ajouter, il se résigne et salue l'assistance.

Le monde est fait pour d'autres mais le monde est à lui. Il ne perçoit pas les symboles du monde, il perçoit ses propres visions. Des visions illuminées d'ombres. Il ne sait pas lire, très peu écrire, son expression est au-delà des mots, dans ses yeux noirs, encrée sous sa peau, auparavant blanche, brunie par le soleil et la pluie.

Sous sa peau il y a l'encre et ses veines, ses veines...Dans ses veines coule un poison salvateur.

Bien que pensant très fort qu'il se taperait bien cette nana qu'il salue régulièrement, il sait que l'excitation de l'improbable laisserait la place à la misère ordinaire de deux camés et, cette fille, il l'aime bien. Face à elle, il se pose des limites. Il appréhende ses réactions pour ne pas la choquer, il se limite dans la conversation pour ne pas aborder le sujet tabou, qui constitue le noyau brûlant de sa terre.

 

 

Elle, elle n'a pas ces traits rieurs au coin des yeux mais, entre les deux, une ride verticale, ingrate, reste visible même lorsqu'elle ne fronce pas les sourcils. Elle, c'est une grande fille plutôt fine. Sa taille, on la remarque tout de suite, qu'elle se tasse ou qu'elle se tienne bien droite.

Certains de ses maux sont aussi tatoués sur sa peau restée blanche. Ses tatouages représentent les tréfonds de son esprit et elle a pris pour habitude de camoufler sa pensée aux yeux du monde. Elle ne laisse personne deviner ce qu'elle aimerait exprimer, ses symboles sont constamment dissimulés sous ses vêtements.

Accro à la plénitude, elle ne met pas de mot sur son hypothétique dépendance car, depuis deux ans, elle est "clean".

Depuis deux ans, elle travaille et comble les vides avec du chocolat, des gâteaux, façon de combler qui laisse juste apparaître un petit bourrelet au ventre et une légère sensation de dégout et de frustration.

Les dealers elle les évite, comme elle évite certaines rues, certains endroits et quand, parfois, elle achète de l'herbe, elle passe toujours par un ami intermédiaire.

Paradoxalement, les dealers elle les piste aussi. On peut, quelques fois, la voir se balader et se faire accoster par des revendeurs de tout et de rien mais, elle a beau écouter attentivement leur publicité, jamais aucun ne l'a encore charmé.

Le vrai manque physique, celui qui vous fait sentir l'odeur de la mort, elle ne l'a connu qu'une fois, deux jours seulement, après avoir joué durant des mois à faire glisser, à l'aide d'un briquet, un caillou sur de l'aluminium.

Elle se sent forte et réalise que l'héroïne ne lui apporterait pas la plénitude qu'elle recherche désespérément, elle désire plus que tout son indépendance; mais quand il tourne autour d'elle. Quand il tourne autour d'elle, elle ne voit que lui. Elle tourne dans l'espace de façon à être toujours face à lui et, lui, il l'a rend ivre.

Suite à cette ivresse, elle sent un vide immense se creuser dans ses entrailles et ce vide l'entraîne dans un tourbillon de souvenirs, d'odeurs, de visions, de sensations éprouvées en ayant quitté le sol de la réalité.

Il pourrait lui proposer d'avaler la ciguë; à ce moment précis, elle accepterait n'importe quoi pour approcher son état. Son ventre est en feu, il ne lui réclame qu'une chose, même l'alcool et l'herbe n'y feront rien, elle le sait déjà.

Cracher son manque dans un hurlement la guette à chaque instant, mais elle tient son rôle, sobre, en se mordant très fort la joue, en allumant une cigarette juste après en avoir éteint une précédente. Elle pense à ces gens qui lui font remarqué que fumer n'est pas bon pour sa santé, si ils savaient contre quoi elle échangerait une de ses cigarettes..

Elle se reprend et se rappelle que ces moments de plénitude ont toujours des retombées, elle en a gardé des séquelles, que la rechute dans la réalité du monde est souvent si effrayante.

Et elle est fatiguée d'être effrayée.

 

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