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Elle regarde autour d’elle. Un couple s’enlace tendrement en marchant sur la place. Une petite fille joue à la corde à sauter un peu plus loin. Un jeune homme élégant est assis sur un banc. Il sort un sandwich de son sac. Une jeune-fille le croise, détache son regard puis rentre dans la boulangerie. Marie se retourne vers l’urne. La secoue encore une fois. Ça bouge à l’intérieur. Son expérience a fonctionné. Un éclair passe dans ses yeux. Le monde n’est pas si inhumain que ça pense-t-elle. Elle a hâte de découvrir ce qu’il y a à l’intérieur mais préfère savourer ce moment. L’air est chaud. Une brise légère vient caresser ses cheveux. Elle secoue à nouveau l’urne. Elle en suit les contours de ses doigts. Une fois, deux fois. La jeune fille sort de la boulangerie. Elle regarde en direction de la cabine. Puis vers le banc sur lequel le jeune homme élégant déjeunait. Il n’y a plus personne sur la place, juste une adolescente sauvageonne avec une urne sur les genoux. La jeune-fille, une baguette à la main, marque un temps d’arrêt puis passe son chemin.Marie quitte la place à son tour, emprunte un dédale de ruelles pour rejoindre les ruines du château, un peu plus haut. Elle sait que là, elle sera tranquille. A l’abri des regards. Face à son urne. Elle ouvre délicatement la boite. Se retourne. Elle est bien seule. Alors elle en retire le premier papier, la première pensée. L’écriture est celle d’un enfant. Encore fragile. Incertaine. « Je m’appelle Emma, je m’ennuie. Je voudrais que mes parents s’aiment ». Marie pose délicatement le papier sur une pierre, et en rajoute une autre par-dessus pour ne pas qu’il s’envole. Elle fouille dans la boite et découvre un deuxième papier : «Que ce petit bout de papier immortalise notre amour ».  Marie sourit. Elle trouve ça mignon. C’est beau de croire en l’amour. Elle pensait que cela n’existait plus. Un oiseau la distrait de ses pensées. Alors elle pioche à nouveau dans l’urne. Un autre petit bout de papier, d’une écriture épaisse et appuyée : « Juste une fois je voudrais connaître l’amour ». Finalement, on est tous pareil, pense-t-elle. Mais on ne le montre pas. On ne le dit pas. Et on attend… Enfin, elle trouve le quatrième bout de papier sur lequel est inscrit : « bonne idée que cette urne à pensées, qu’elle me guide vers la femme de ma vie ».Marie réfléchit un instant. Repense aux personnages de la place. Le couple, la petite fille, le jeune-homme élégant, la jeune-fille de la boulangerie. Et si c’étaient eux ?

La nuit est agitée. Tapie dans un coin du château en ruine, au fond de son duvet, Marie s’agite. Tous ces mots précieux se mélangent dans sa tête. Elle se sent seule, abandonnée. Elle se dit que dans la vie il faut être deux. Pas un. Qu’il faut former un tout, un « tout » plein de vie, un « tout » plein d’amour.

 

Elle repense à ses parents. Ils doivent être inquiets. Deux jours qu’elle est partie déjà. Sans laisser un petit bout de papier. Sans une pensée. Elle ne les supporte plus. Elle est comme la petite fille de la place, elles voudraient que ses parents s’aiment. Qu’ils forment un tout.Le lendemain, elle reprend son sac à dos, y dépose l’urne et se dirige vers le village. A la même heure que la veille, elle y retrouve la petite fille et sa corde à sauter, elle voit sortir la jeune-fille de la boulangerie et court vers elle. Elle balbutie quelques mots rapides : Dans l’urne y’avait un mot pour vous. Marie ressort le papier sur lequel est écrit « bonne idée que cette urne à pensées, qu’elle me guide vers la femme de ma vie ». Je pense que c’est l’homme, là-bas sur son banc, vous devriez aller le rejoindre. La jeune-fille ébahit lui répond : C’est toi qui a déposé l’urne hier ?

 

Marie fait signe que oui de la tête, laisse la jeune-fille et disparait comme une sauvage.

 

Elle se cache derrière le mur de la boulangerie et regarde ce qui se passe. La jeune-fille et le jeune-homme élégant sont en pleine conversation. Marie sourit. Elle a réussi. Elle a réuni deux personnes en mal d’amour. Elle a changé leur destin. Elle a le sentiment d’avoir enfin fait du bien autour d’elle. C’est pour ça qu’elle a quitté ses parents. Parce qu’ils lui reprochent de ne faire que du mal autour d’elle. D’être méchante, égoïste. Dans quelques heures, elle rentrera chez elle. Elle déposera l’urne en cachette au salon. Comme sur la place, elle rajoutera quelques feuilles de papier et un stylo. Pour qu’ils écrivent un petit mot. Pour qu’ils se parlent. Qu’ils reforment un tout. Et après elle rentrera en scène. Mais avant, il reste la petite fille à la corde à sauter. Elle voudrait l’aider.

 

Elle la suit du regard, elle est dans son monde. Elle saute, saute et saute encore. La corde va de plus en plus vite. Marie a la tête qui tourne. La petite fille s’arrête soudain. La place se vide. La chaleur est écrasante. Elle quitte la place. S’enfonce dans les ruelles du village. Marie la suit. La petite rentre au n°4 de la rue des Tilleuls. C’est une jolie maison en pierre. Marie attend des heures, tapie au coin de la rue. Plus rien ne bouge. La vie s’est arrêtée. Puis la porte s’ouvre, la petite fille ressort. Elle est seule. Alors Marie attend qu’elle disparaisse de son champ de vue et sonne à la porte. Une dame ouvre. Marie dit : "J’ai trouvé ça parterre". Elle sort le bout de papier sur lequel est écrit « Je m’appelle Emma, je m’ennuie. Je voudrais que mes parents s’aiment ».La maman n’a pas fini de lire le message que Marie disparait à grandes enjambées. Elle court, elle court. Elle pense. Elle espère que ce petit bout de papier changera les relations de la petite fille avec ses parents. Elle y croit.. Elle remonte au château, récupère son duvet, et reprend la route. Ce soir, peut-être, c’est son destin à elle qui va changer. Elle sourit et accélère le pas.

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